« La lecture nous donne un endroit où aller lorsque nous devons rester où nous sommes » – Mason Cooley

samedi 22 août 2015

Ray’s Day 2015




Les initiatives pour promouvoir la lecture se multiplient avant la rentrée, et c'est bonne chose. Aujourd'hui, 22 août 2015, nous célébrons le Ray's Day, en hommage à l'écrivain - et passionné de lecture - Ray Bradbury ; l'auteur du célèbre roman Fahrenheit 451 (que je n'ai pas lu, bien évidemment, comme beaucoup d'autres classiques ; mais je me soigne). Cette journée est dédiée à la lecture, aux auteurs et aux lecteurs, l'occasion de partager des textes mais aussi d'évoquer sa passion à travers des chroniques blog ou vidéos. Chacun participe à sa façon, comme le rappelle le blog consacré à l'évènement. Pour ma part, j'ai choisi de participer en vous parlant de mon rapport à la lecture.   

« Si vous voulez être écrivain, vous devez privilégier deux choses: lire beaucoup et écrire beaucoup. » - Stephen King


Quand j'étais enfant, je lisais beaucoup. J'empruntais des livres à la bibliothèque de l'école primaire, essentiellement des Chair de Poule et des Livres dont vous êtes le Héros - on pouvait déjà deviner, à cette époque, que j'étais faite pour les univers imaginaires. Adolescente, je me souviens avoir arpenté les trois rayons du Centre de Documentation du collège et avoir fini par mémoriser l'intégralité du rayon fantastique. En même temps, on ne pouvait pas dire que c'était le rayon le plus garni (d'une bibliothèque déjà pas très bien fournie, à la base) Je me souviens aussi que le midi, je rentrais déjeuner chez ma grand-mère et après l'avoir aidé à faire la vaisselle, il me restait 15 ou 20 minutes pour lire les bouquins que j'avais empruntés (j'avoue aussi que, parfois, les dessins-animés diffusés sur Midi les Zouzous avaient ma préférence ; surtout quand ils passaient Princesse Sarah !)

Au lycée, il n'y avait plus de bibliothèque, alors je me contentais des livres prêtés par les copains de mon petit-frère : c'est grâce à eux que j'ai pu lire Eragon (qui initiera ma grande passion pour le rôle-play par forum, et donc la naissance de Prophétie Nordique) ou La Quête et Les Mondes d'Ewilan. À cette époque, c'est aussi la grande révélation du Seigneur des Anneaux, mais malgré mon adoration pour les films, je n'ai jamais pu terminer le livre. Qu'importe, les films auront définitivement signé ma passion pour les univers de fantasy. À l'université, je retrouve le chemin d'une bibliothèque de centre ville et un rayon dédié au fantastique. Je découvre de nouvelles œuvres, comme la Trilogie des Elfes. Finalement, avec les études supérieures et l'ouverture de mon forum de RP, je finis par abandonner la lecture. Je n'ai plus le temps de lire. Avec la thèse, c'est encore pire ; non seulement le temps me manque, mais en plus je dois déjà lire des bouquins scientifiques à longueur de journée. Overdose. 



Heureusement, depuis quelques temps, j'ai réussi à m'y remettre. Surtout depuis que je fréquente des sites et forums dédiés à l'écriture et à la lecture, qui m'ont fait connaître de très bonnes choses. Mais je ne suis plus une lectrice assidue comme avant ; et mes lectures peuvent s'étaler sur des semaines, voire des mois pour les plus gros ouvrages. C'est à ce moment là qu'apparaît la Pile à Lire (PAL de son joli surnom) : l'ensemble des livres (ou ebooks) achetés ou empruntés qui s'entassent dans un coin (ou dans votre liseuse) en attendant que vous les lisiez. Vous pouvez également y ajouter tous les livres qui vous font de l’œil, et que vous allez probablement acheter incessamment sous peu...

La mienne s'est étonnamment rallongée ces derniers mois. Il faut avouer que j'ai acheté beaucoup de livres (ebooks plutôt) en promotion, à des prix tellement attractifs que je ne pouvais pas résister. Un aperçu de cette pile à lire, par ordre supposé de lecture dans les mois à venir (mais bon, on sait très bien que certains livres achetés entre temps se hissent en haut de la pile quand on les a, faisant redescendre certains, qu'on ne lira probablement jamais...)

  • Les Pirates de L'Escroc-Griffe, tome 1, de Jean-Sébastien Guillermou
  • La Saga d'Aila, L'Oracle de Tennesse, tome 3, de Catherine Boullery
  • Le nom du Vent, de Patrick Rothfuss
  • Les Douze Royaumes, Les ailes du destin, Livre 5, de Fuyumi Ono
  • La Guerrière fantôme, de Lise Syven
  • L'ombre de l'assassin, de James Clemens
  • Le chevalier rouge, de Miles Cameron
  • Le Trône de Fer, tome 1, de G.R.R. Martin
  • etc.

De quoi m'occuper toute une vie ! 
Bon Ray's Day à toutes et tous !      

lundi 17 août 2015

Le 1er septembre, j’achète un livre/ebook de SFFFH francophone


« Le 1er septembre, j’achète un livre/ebook de 
Science-Fiction/Fantastique/Fantasy/Horreur francophone »

« Cette opération consiste (...) à inciter les lecteurs à acheter au moins un livre ou ebook de Science-Fiction/Fantastique/Fantasy/Horreur francophone ce jour-là, afin de soutenir et découvrir les nombreux talents de la francophonie dans les divers genres des littératures de l'imaginaire. » Présentation de l'opération par Gaëlle Dupille, fondatrice de l'Invasion des Grenouilles, projet visant à promouvoir la littérature fantastique francophone.

Puisque je trouve l'initiative louable et intéressante, et puisque que découvrir de nouveaux auteurs francophones est une bonne chose, je participe à l'opération de l'Invasion des Grenouilles. Vous aussi, vous pouvez participer en achetant un livre ou un ebook le 1er septembre (vous pouvez même en acheter plusieurs). Certains éditeurs et libraires proposeront même des promotions ce jour-là ! Et vous pouvez également faire connaître l'opération et le collectif en discutant avec votre entourage ou en présentant l'initiative sur votre page internet. Bref, faîtes comme moi :) 

Beaucoup de livres me font de l’œil ces derniers temps - comme si ma pile à lire n'était déjà pas assez remplie ! J'hésite encore sur le titre que j'achèterai ce jour-là, mais j'ai quelques petites idées... Peut-être avez-vous des suggestions à me proposer ? Avez-vous déjà choisi votre/vos livre(s) ?


 De gauche à droite : Le premier, Nadia Coste
La pelote d'épingles, Cécile G. Cortes
La Dame Blanche, La Saga d'Aila T4, Catherine Boullery
Le Roi des Fauves, Aurélie Wellenstein  

vendredi 7 août 2015

Prophétie Nordique - Extraits en vrac




Depuis que j'ai entrepris d'écrire Prophétie Nordique, beaucoup de choses ont changé, évolué. Un sacré chemin a été parcouru depuis que je me suis lancée dans cette aventure. Des hauts, des bas, des avancées, mais aussi des retours à la case départ. Depuis l'année dernière, j'ai réussi à trouver une dynamique qui me convient et qui me permet d'avancer. Aujourd'hui, Prophétie Nordique comporte un prologue et dix chapitre rédigés ; le onzième est en préparation. 188.000 signes. Presque 30.000 mots. J'ai partagé avec vous le prologue et le premier chapitre de mon projet, mais il s'en est passé des choses entre l'entretien diplomatique de l'introduction et le dernier chapitre que j'ai rédigé ! Je vous propose donc une compilation d'extraits divers, afin que vous puissiez en découvrir un peu plus sur mes personnages et mon histoire. Bonne lecture !



« Happée par ses préoccupations, Idril n’entendit qu’au dernier moment les pas feutrés de celui qui s’était rapproché d’elle, telle une ombre furtive et silencieuse. Les bras d’un homme s’enroulèrent autour de ses épaules et, sans crainte, elle abandonna son dos contre le torse ferme de ce visiteur nocturne. Elle ferma doucement les paupières pour s’imprégner de la tendresse de cette étreinte. Le roi des Ombres reposa sa joue contre la chevelure de la jeune femme, puis huma son parfum aux notes boisées et sauvages. Il glissa ensuite une mèche dorée derrière son oreille.
     — Tu m’as manqué.
Le chuchotement de sa voix était bien plus familier et affectueux que les intonations sérieuses qu’il avait utilisées à la Cour tout à l’heure. Du vouvoiement protocolaire et distant dont ils s’étaient servis, Morzan était repassé au tutoiement spontané et complice qu’ils employaient lorsqu’ils se retrouvaient en privé. Lentement, il fit pivoter Idril au creux de ses bras et cette dernière se lova en silence contre lui.
     — J’étais trop impatient de te voir pour attendre plus longtemps ta venue, lui murmura-t-il au creux de l’oreille. Un frisson agréable parcourut le corps de l’Amazone, tandis qu’un sourire complice s’épanouissait à la commissure de ses lèvres.
     — Pardonne-moi de ne pas t’avoir rejoint plus tôt. J’avais besoin…
     — …d’être un peu seule ? devança Morzan.
Idril opina de la tête, en silence, avant de se blottir davantage contre son ami. Elle enserra sa taille avec tendresse.
     — Je suis heureuse que tu sois là maintenant.
Les lèvres du jeune roi se courbèrent d’un sourire, puis il déposa un baiser sur le front de sa compagne, comme pour sceller les sentiments que lui inspiraient ses retrouvailles. » (Extrait du Chapitre 2)



« Bien qu'elle l'eut certainement déjà aperçu lors de précédentes rencontres diplomatiques, Idril n'avait qu'un très vague souvenir de son homologue. Pourtant, lorsqu'elle observa la troupe qui venait vers eux, elle le reconnut d'emblée. Galdor était un homme d'une trentaine d'années, au physique imposant et au charisme tranché. Sa grande taille dépassait largement celle de son entourage, bien qu'elle ne rivalisât pas avec celle d'une Amazone. Sa belle allure attirait irrémédiablement le regard, tout comme son épaisse chevelure frisée, blonde aux reflets cuivrés, qu'il n'avait pas pris soin d'attacher. Chaque nouvelle bourrasque de vent s'engouffrait dans sa crinière et lui donnait encore plus de volume. Lorsque les deux groupes parvinrent au même niveau, les trois souverains s'observèrent quelques instants. Puis, ils descendirent de leurs montures, se rejoignirent et se saluèrent de quelques hochements de tête, sans un mot.
Les boucles de Galdor flottaient jusqu'à ses épaules et encadraient un visage carré, duquel dénotait une force animale singulière. Cette figure n'inspirait pas confiance à la reine amazone, malgré la pétulance de son regard brou de noix qui lui conférait une sympathie naturelle. Elle se méfiait de lui, de son sourire aguicheur et des faux-semblants dont il pouvait user pour tromper leur vigilance. Son attention fut finalement détournée de Galdor par Niarus qui avait lui aussi mis pieds à terre et qui abandonnait à présent leur convoi pour rejoindre celui de son souverain. Après avoir accueilli son conseiller d'une tape amicale sur l'épaule, Galdor reposa son regard sur l'Ombre, puis sur l'Amazone. » (Extrait du Chapitre 5



« Idril replia ses jambes contre son torse, puis les entoura de ses bras et posa son menton sur ses genoux. Comme son ami avant elle, elle se laissa charmer par le spectacle tranquille du fleuve s'écoulant dans la vallée. Morzan observa discrètement du coin de l’œil son amie, perdue dans ses pensées.
     — Tu n'es pas toute seule, Idril. Tu ne devrais pas te comporter comme si le reste du monde s'opposait à toi.
Idril s'arracha à la contemplation de l'Olduin et tourna la tête vers son confident pour écouter la suite.
     — Je ne suis peut-être pas toujours d'accord avec toi, mais cela ne fait pas de moi ton ennemi pour autant. Je suis ton ami, je suis de ton côté, mais j'ai le droit d'avoir mon propre avis.
Face au silence de sa compagne, Morzan poursuivit.
     — Tu dois aussi accepter que je ne sois plus seulement ton ami, mais également ton allié. Je dirige un royaume, ce qui m'oblige à te contredire si j'estime que tes idées sont contraires aux intérêts de mon peuple. » (Extrait du Chapitre 6



     Syna ! s’exclama-t-elle de surprise.
Idril abandonna son compagnon et se précipita à la rencontre de celle qui n’appartenait pas au groupe de voyageurs. La guerrière, dont les cheveux blancs étaient sévèrement nattés sous sa nuque, accueillit sa souveraine avec un enchantement manifeste. Une vieille cicatrice oblique enlaidissait le côté gauche de sa bouche, mais n’en rendait pas moins chaleureux son sourire extatique. Elle tendit ses avant-bras, paumes tournées vers le ciel, et la souveraine s’en saisit avec une émotion vibrante.
     — Que faites-vous ici ? s’enquit-elle avec un étonnement inquiet. Vous étiez supposée demeurer à Eralo pendant mon absence.
     — Votre Majesté…
La voix de la guerrière s’achoppa au titre honorifique, auquel elle ne semblait toujours pas s’habituer. Un sourire de connivence éclaira le visage de la jeune reine tandis que Syna retrouvait sa contenance.
     — Une nouvelle en provenance de la capitale requiert votre attention. » (Extrait du Chapitre 9)



     Idril, derrière-toi !
La jeune femme se retourna à temps pour esquiver l’assaut d’un mâle qui s’était glissé dans son dos. De justesse, elle parvint à reprendre son épée et à faire face à son nouvel adversaire. Morzan accourut à ses côtés, comme si sa propre vie en dépendait. Déjà le vargár revenait à la charge, toutes griffes dehors. L’Amazone bondit avec souplesse sur le côté droit et la mâchoire du monstre claqua dans le vide. Sans reprendre son souffle, la guerrière fondit sur le fauve et chercha à transpercer son encolure de la pointe de son épée. Le vargár esquiva l’attaque d’un bond sur le côté, puis revint aussitôt à la charge. À côté d’eux, Morzan cherchait une ouverture pour prendre part au combat, mais la cadence effrénée des assauts du vargár et de la guerrière le tenait à distance. Aucun des deux ennemis ne laissait de répit à son adversaire. » (Extrait du Chapitre 10)

 

mardi 4 août 2015

Palum, le Basalte de Solange Leduc


Palum, le Basalte Solange Leduc

Trois fleurs : J'ai aimé, mais avec quelques réserves


Titre : Palum, Le Basalte
Auteur : Solange Leduc
Genre : Fantastique, Fantasy
Année de parution : 2014
Nombre de pages : 318 pages (Les éditions du Net)

Quatrième de Couverture : Le prochain retard et c'est l'exclusion du collège, Lisy le sait. Pourtant, ce matin encore, elle a préféré flâner au lit plutôt que se lever tôt pour affronter la neige. Sa seule chance d'arriver à l'heure est de couper par le pré du vieux chêne et de suivre la vieille voie de chemin de fer. Avec son amie Théa, Lisy avance au plus vite, malgré le froid et l'obscurité de la nuit. Alors que les portes du collège apparaissent enfin devant elles, une lumière aveugle l'adolescente et une voiture la percute. À son réveil, Lisy ne reconnait ni l'endroit, ni les étranges vêtements qu'elle porte. Où a-t-elle atterri ? Comment s'est-elle retrouvée là ? Et quel est cet étrange murmure qu'elle entend lorsque souffle le vent ? Cette fois, pas de doute, Lisy n'arrivera pas à l'heure pour le cours d'histoire.

Ce que j'en ai pensé : Palum, Le Basalte est le premier roman de Solange Leduc, jeune auteure francophone, découverte grâce à mes flâneries sur CocyClics - communauté de bêta-lecteurs et d'écrivains de l'imaginaire. Après avoir précisé mon souhait de le lire, j'ai reçu Palum, Le Basalte en cadeau lors d'un Swap entre grenouilles(un Swap est un échange de colis-cadeau entre membres d'une communauté). L'occasion de découvrir et soutenir de nouveaux auteurs de l'imaginaire.

Ce premier livre de Solange Leduc nous raconte une jolie histoire de fantasy, avec de la magie, des combats, des amitiés et un monde parallèle, dans lequel se trouve propulsée la jeune héroïne, Lisy. Elle se découvrira alors des pouvoirs, qu'elle devra apprendre à maîtriser, mais également une mission, alors qu'elle n'aspire qu'à retourner chez elle. Palum, Le Basalte est un livre bien écrit et divertissant, mais qui vise un public jeune, voire très jeune. Je ne m'attendais pas à un livre jeunesse et j'ai été un peu déçue, car j'éprouve beaucoup de mal à suivre une héroïne de 13 ans. J'ai parfois trouvé que Lisy faisait plus âgée - dans ses choix ou réactions -, et j'ai du mal à accrocher avec les jeunes adolescent(e)s matures. Mais cet avis n'engage que moi et mes préférences de lecture. 

Mon avis en quelques mots : Palum, Le Basalte est un bon livre de fantasy jeunesse, avec des ingrédients classiques mais efficaces, ainsi qu'une jolie écriture. Un roman qui pourrait servir de première incursion dans le monde de la fantasy, pour les jeunes lecteurs (13-14 ans). Une fin qui m'a surprise, dans le bon sens du terme. Et un deuxième tome en préparation, qui sera sans doute un peu moins jeunesse

samedi 11 juillet 2015

Des mots de tête - Vis ma vie de rôliste



« Article publié dans le cadre du concours organisé par Infinite RPG »


Pour ceux qui me connaissent de longue date - ou de moins longue date, puisque je l'ai évoqué dans mon premier billet - vous savez que le Jeu de rôle occupe une place toute particulière dans mon parcours. À l'occasion du concours Vis ma vie de rôliste, je souhaite revenir sur cette passion qui m'anime depuis plus de huit années et qui est à l'origine de mon projet littéraire ; Prophétie Nordique. 

1. Le jeu de rôle textuel. 

Petit frère mésestimé du jeu de rôle sur table, le jeu de rôle textuel consiste à interpréter un personnage évoluant dans un monde fictif, par le biais de l'écriture. Le principe est simple : incarner un personnage que vous faîtes évoluer en fonction d'un contexte, d'une intrigue et d'interactions avec d'autres personnages, en racontant ses aventures par écrit. À tour de rôle, chaque joueur décrit les actions, les pensées et les paroles de son personnage, en prenant en compte les interventions des autres. 

À la différence du roman qui s'écrit en solitaire, le jeu de rôle est une activité sociale, collaborative et interactive. Ensemble, en interactions les uns avec les autres, les joueurs façonnent une histoire commune, en racontant les évènements du point de vue de leur(s) personnage(s).       

« De l'écriture à plusieurs mains, répondais-je à ceux qui me demandaient ce que j'écrivais : nouvelles, poésies, romans ? Comme si l'écriture se réduisait à ces trois seuls genres. »

Les variantes sont nombreuses : support (forum, facebook, e-mails...) ; importance donnée à l'écriture (nombre de lignes libre ou imposé) ; présence d'un système rappelant le jeu sur table (lancers de dés, statistiques, jeu en interprétation libre, semi-dirigée ou dirigée...) En revanche, tous les jeux de rôles ont en commun l'importance donnée au personnage. D'ailleurs, pour jouer, vous devrez d'abord passer l'étape de la fiche de présentation. Celle-ci vous permettra de présenter votre personnage : vous décrirez son apparence physique, vous évoquerez ses principaux traits de caractère et, bien sûr, vous raconterez son histoire. Il vous sera peut-être également demandé de parler de sa situation maritale, de son orientation sexuelle, de ses capacités ou pouvoirs, de ses animaux de compagnie ou de ses objets de valeurs. Là encore, les variantes sont nombreuses. Les possibilités, infinies.       


2. Ces personnages qui n'en font qu'à leur tête. 

Les personnages inventés par les joueurs sont de toutes sortes - même si certains archétypes reviennent plus souvent que d'autres. Toutefois, il existe une espèce de personnages bien particulière : ceux qui n'en font qu'à leur tête. Je ne parlerai pas ici des personnages qui évoluent en roue libre, en dehors de toute considération logique - chronologique, psychologique, environnementale - pour satisfaire les envies de leur créateur. Ces personnages qui, finalement, deviennent hors sujet et hors contrôle, et qui finissent par ne plus rien à voir avec le personnage décrit dans la fiche de présentation. Immanquablement, le personnage que vous jouerez changera par rapport à celui que vous avez présenté. Il faut du temps pour apprivoiser le caractère de son personnage : c'est en le confrontant à diverses situations qu'on apprend à le cerner.

Je souhaite évoquer les personnages qui s'offrent une existence en dehors de vos projets d'auteur. Ces personnages qui vous donnent l'impression qu'ils existent, qu'ils sont réels et qu'ils possèdent leur libre-arbitre. Certains personnages vous sont si familiers que vous n'avez plus besoin de réfléchir à la façon dont ils vont se comporter : ils ont leurs propres réactions face au monde qui les entoure. Ce n'est plus vous, joueur ou auteur, qui choisissez, mais votre personnage. Parce qu'il a acquis suffisamment d'indépendance et de maturité pour s'opposer à vos choix. Ces choix qui ne lui paraissent pas logiques. Ces choix qui entrent en conflit avec sa personnalité, son histoire ou ses valeurs.

Mise en situation : Un joueur vous propose de flirter avec son personnage, alors que le vôtre est en couple, fidèle à sa bien-aimée. La perspective d'un tel échange avec l'autre joueur vous enchante ! Votre imagination galope ! Mais vous ne pouvez ignorer le regard sombre que vous adresse votre personnage. Hors de question qu'il se plie à votre caprice ! Fidèle il est, fidèle il demeurera ! Votre plan avec l'autre joueur capote, parce que votre personnage a préservé son intégrité (ce qui fait qu'il est lui et pas un autre : il n'est pas un personnage interchangeable). 


 « Et tu crois sérieusement que je vais te suivre dans tes plans foireux, sans protester ? »
 

3. Mon personnage. Sa vie, son œuvre. 

Le rôliste inventera de nombreux personnages au cours de sa carrière - Certains seront même des professionnels du personnage jetable ; à peine inventé, déjà remisé au placard (1).  Néanmoins, parmi tous ces personnages conçus, apprivoisés, interprétés, il en est un qui se démarque des autres (2). Son évocation provoque un sentiment de béatitude, de nostalgie ou de regret, et engendre une affection toute particulière. Il s'agit de votre personnage fétiche. Votre personnage préféré. Celui que vous avez le plus apprécié - et pas forcément celui que vous avez le plus longtemps joué. Quand vous parlez de lui, c'est comme si vous évoquiez un ami, un proche, un parent. Vous avez des étoiles qui pétillent dans les yeux.  


Avatar à partir duquel a été imaginée 
Idril Calafas, mon personnage fétiche 
et héroïne de Prophétie Nordique 
Pour ma part, mon personnage fétiche est également mon premier personnage. Je ne connaissais pas le jeu de rôle avant de découvrir un forum proposant d'incarner un élève d'une école de dragonniers.

Dans la banque des avatars mis à disposition des joueurs, celui-ci m'a envoûtée. La couleur des yeux, la détermination du regard et l'absence de sourire m'ont tout de suite inspiré : une jeune guerrière, froide et fière ; princesse déchue de son royaume, privée de son peuple et de sa mère, qui ne désirait qu'une seule chose : se venger. Ainsi naquit Idril Calafas, dernière représentante des Amazones.

Ce premier forum laissait libre cours à l'imagination des joueurs concernant la géographie du monde et m'a permis d'inventer mon propre univers en m'inspirant de la mythologie scandinave. Très vite, les possibilités créées par mon imaginaire dépassèrent ce que je pouvais faire sur ce forum. J'ai alors créé mon propre jeu de rôle, à partir de l'histoire de mon Amazone, devenue l'une des sept monarques régissant le Gwendir, secoué par la trahison du Seigneur Nordique.

Administratrice, Maître du jeu, Joueuse... J'ai endossé toutes les casquettes pendant cinq années. Cinq années riches de rencontres et de partage, où je me suis éclatée à interpréter différents personnages évoluant à travers le Gwendir, mais aussi à lire les aventures de mes joueurs. L'expérience d'administratrice - quoique lourde à porter - est fascinante. Grisante. Suivre les aventures d'une palette de personnages qui s'immiscent dans votre imaginaire, dans le monde que vous avez inventé... Rien ne saurait remplacer le souvenir de ces années vécues avec de si beaux personnages... et de si belles personnes.



(1) Pour certains, le plaisir se trouve dans la création, dans l'invention, et non dans l'interprétation. 
(2) Certains joueurs ont plus d'un personnage fétiche, mais généralement, il y en a toujours au moins un qui se dégage du lot.    

mercredi 1 juillet 2015

Prophétie Nordique - Chapitre Premier (texte intégral)


Reine guerrière


Chapitre Premier

Le soir était tombé sur les Plaines de Fazor. Les ombres grises du crépuscule avaient chassé les couleurs verdoyantes de la journée lorsqu’un nuage de poussière se forma à l’horizon. Un groupe de cavaliers émergea dans le lointain et traversa les prairies du royaume à vive allure, en direction du château. À l’approche du détachement, les éclats de voix des gardes sur les remparts retentirent et la herse verrouillant l’entrée fut levée. Cinq hommes pénétrèrent dans l’enceinte fortifiée, dont les hautes tours avaient guidé les montures depuis plusieurs kilomètres. Des étendards bleus ondoyaient aux créneaux sous les vents de saison, comme pour célébrer la venue des visiteurs. Le profil d’une tête de cheval casquée y était tissé de fils d’or.

Les résonances de pas ordonnés, rigoureux et déterminés, accompagnées du bruyant cliquetis de pièces d’armures se firent bientôt entendre dans les couloirs du palais. À la tête de cette troupe se distinguait un jeune homme de grande taille, à la silhouette élancée et à la démarche assurée. À l’observer de plus près, l’on pouvait aisément deviner qu’il était issu d’une lignée puissante. Son allure princière était avivée par la noblesse de ses traits et par la richesse de ses apparats : une longue tunique grise émaillée de quarts de lune cousus d’argent, une épaisse cape de fourrure brune dont les pans frôlaient le parquet et une tiare d’or blanc orfévrée. Une soyeuse chevelure noire encadrait son visage fin et tombait en cascade jusqu’à ses omoplates. Tout dans sa physionomie dénotait l’indulgence et la tempérance.

Accompagné des guerriers de sa garde personnelle, l’homme se dirigea avec aisance à travers les dédales du château. Son regard aux nuances ambrées se porta sur les lourdes pierres murales taillées irrégulièrement, presque grossièrement, et chargées des souvenances d’un passé qui volait en éclats depuis peu. Chaque parcelle de la demeure royale, son aspect rustique, son odeur boisée, son ambiance calfeutrée… tout lui évoquait une multitude de souvenirs, pour la plupart emplis de joie et d’insouciance. Il connaissait ces couloirs enchevêtrés pour les avoir parcourus des centaines de fois, lorsqu’il n’était encore qu’un adolescent accompagnant son oncle dans ses déplacements diplomatiques. Ce fut avec nostalgie qu’il s’imprégna de ce décor atypique, si représentatif des us et coutumes des Amazones, de leur fierté et de leur attachement aux traditions de leurs ancêtres.   

Sans réellement se rendre compte du chemin accompli, le jeune homme arriva devant une imposante porte en bois massif. En l’occurrence, sa destination. Les deux battants refermés formaient l’emblème royal des descendants de Freya : une tête de cheval bardée d’acier. Deux des guerrières postées devant l’entrée de la salle quittèrent leur immobilité pour lui ouvrir le passage, tandis qu’un héraut claquait par deux fois son bâton au sol afin d’annoncer l’arrivée du visiteur. 

—  Morzan Terinfiel, Souverain des Héritiers de Snotra.     

Le jeune roi des Ombres s’avança de quelques pas, puis dépassa l’entrée et ses gardiennes intimidantes. La salle dans laquelle il venait de pénétrer était vaste et richement décorée. Les murs étaient drapés de tentures rouge et bleu, sur lesquelles s’entrelaçaient des symboles complexes et arrondis. Les piliers qui soutenaient la voûte étaient recouverts d’anneaux dorés et de figures équestres. Les torchères accrochées aux cloisons de pierre diffusaient une discrète chaleur, habillant la pièce d’ombres et de reflets incandescents. 

La foule de notables, regroupés dans la salle et assemblés en une haie d’honneur, s’inclina avec déférence pour saluer l’arrivée du visiteur. Ce dernier marcha en direction de l’Amazone qui lui faisait face à l’autre bout de la pièce. Vêtue d’une robe sobre, brune aux manches amples, elle était installée sur un trône sculpté en bois d’ébène, légèrement surélevé et entouré de peaux de bêtes. Sa chevelure, blonde aux reflets clairs, était encerclée d’une couronne d’or et de saphirs. 

Morzan s’arrêta quelques mètres plus loin, ses prunelles braquées sur la souveraine qui le recevait. À l’instar des autres filles de la Vaillante Freya, la nouvelle reine amazone était de haute stature et de constitution remarquable. Et bien qu’elle fût moins charpentée que ses semblables, la toute jeune femme présentait une silhouette athlétique et des membres galbés, façonnés par les entraînements aux combats et à l’équitation auxquels elle s’adonnait depuis son âge le plus tendre. Son port de tête était altier, empli de fierté et de morgue, semblable à celui des monarques d’autrefois. Elle n’avait pas besoin de ses apparats fastueux pour que l’on comprenne que le sang d’une ancienne et puissante famille coulait dans ses veines. 

Le jeune homme s’inclina comme l’exigeaient les usages de ses hôtes, puis se redressa et prit la parole de sorte que chacun puisse entendre ce qu’il avait à dire.

—  Votre Altesse, je vous remercie de m’accorder cette entrevue. Je vous prie d’accepter ces quelques présents, en gage de mon amitié et de celle de mon peuple, mais aussi en l’honneur de votre resplendissante beauté

Il fit signe à deux de ses hommes de s’avancer. Leurs bras étaient chargés de coffrets remplis de soieries, d’étoles, de pierreries et de bijoux. 

—  Nul joyau ne saurait toutefois rendre hommage à l’éclat de votre regard, Reine Calafas.  

Les iris magnétiques de la souveraine considérèrent le roi avec une intensité redoutable. Elle paraissait insensible aux flagorneries protocolaires dont ce dernier faisait preuve dans l’unique but de satisfaire le patriotisme excessif des notables amazones. Plus qu’aucun autre, ces derniers étaient attachés à la reconnaissance de la splendeur de leur souveraine. Le sourire aux lèvres, Morzan prenait plaisir à ce jeu de faux-semblants qui agaçait son homologue. Néanmoins, si on l’avait interrogé sur ses sentiments, il aurait avoué qu’Idril Calafas était sans conteste la plus belle de toutes les Amazones peuplant les Plaines de Fazor. Et que son regard, dont les nuances étaient comparables au plus brut des émeraudes, était le plus envoûtant de tous ceux qui lui avaient été donnés de contempler. Son avis n’aurait pas été partagé à ce sujet, car la reine n’était pas particulièrement jolie, malgré le charme froid de son allure et de ses traits. Mais l’affection du jeune homme lui était acquise depuis longtemps déjà. La petite princesse qu’il côtoyait depuis son enfance était devenue une jeune femme accomplie et il se plaisait à le penser. 

L’heure n’était cependant pas à la nostalgie ni au divertissement. Après avoir gratifié son visiteur d’un affable hochement de tête, pour ses compliments et ses offrandes, l’Amazone prit la parole à son tour. 

—  Soyez le bienvenu en ma demeure, Roi Terinfiel. Que me vaut l’honneur de votre visite ? Les chevaux chantent à nos oreilles que vous avez des nouvelles de la Capitale…      

Les vibrations de sa voix étaient fortes, graves, emplies d’assurance, et avaient suscité l’attention pleine et entière de toute l’assemblée. Le jeune âge de la souveraine n’entachait pas son autorité naturelle. Dans l’attente d’une réponse, ses prunelles demeuraient rivées sur le visage de son interlocuteur, cherchant à y déceler un indice – même le plus infime – concernant sa requête. La missive qu’il avait envoyée quelques jours plus tôt pour annoncer sa venue ne mentionnait point l’objet de sa visite. Le message qu’il allait délivrer était d’une importance capitale et nécessitait d’être annoncé de vive voix plutôt que par l’écriture calligraphiée d’une lettre.   
Le roi soutint le regard brasillant de la souveraine, tandis qu’il prenait quelques instants de réflexion pour formuler au mieux sa réponse. 

—  Vos coursiers sont avisés, votre Altesse, concéda-t-il. Laissez-moi néanmoins vous apprendre que les Orthodoxes ont refusé notre proposition de reformer le Conseil des Sept. Et que les rangs du Roi Thorien San’Veck ont dès lors rallié la cause humaine, en prêtant à nouveau le serment d’allégeance qui unit leur royaume à celui du Seigneur Nordique. 

— Maudits soient les Manieurs de Foudre ! s’indigna l’assemblée dans un grondement sourd.  

— Silence ! tonna la suzeraine.

Son poing, resserré par la frustration, s’abattit sur l’accoudoir de son trône. Elle n’était pas encore reine depuis une lunaison qu’elle était déjà confrontée au manque de coopération des six souverainetés offensées par le Seigneur Nordique. En cherchant à conquérir des terres et des richesses au détriment des peuples qu’il avait juré de servir et protéger, Ardiosis Bennefoy avait outrepassé les droits et les pouvoirs que lui conférait son statut. Et lorsque les six autres monarques avaient témoigné leur désaccord, il n’avait pas hésité à tous les faire assassiner lors d’un Conseil tenu en sa capitale. Les Amazones avaient immédiatement déclaré leur hostilité face à la trahison de celui qui aurait dû être le garant de la paix et de la prospérité des Sept Royaumes. Idril avait décidé de renier l’autorité du Seigneur Nordique et de mettre en branle son armée pour protéger ses frontières. À cet instant, aucun occupant des Plaines de Fazor n’aurait imaginé la frilosité des autres peuples à suivre leur mouvement de rébellion. La contestation ne faisait pas l’unanimité parmi les autres royautés, et seuls les Ombres et leur roi avaient répondu favorablement à l’appel des Filles de Freya.  

Le calme revenu, Idril reprit la parole.

—  Qu’en est-il des Hauts-Alfes des contrées de l’Ouest ? demanda-t-elle d’une voix mesurée, contenant son agacement. 

— Il semblerait que leur Gardienne, Dame Eluthiel Gil’Rea, n’ait pas encore répondu à la proposition du Seigneur Nordique, même s’il est probable qu’elle refuse de se soumettre à la tyrannie de celui qui a assassiné son époux. Cependant, aucune position ne peut être avancée trop hâtivement, car les Enfants de Baldr n’ont pas non plus répondu à notre supplique. Nous ne savons toujours pas s’ils accepteront de reformer le Conseil des Compagnons et d’appréhender le Seigneur Nordique pour le sextuple régicide qu’il a commis et revendiqué. Rien n’est encore joué du côté des Hauts-Alfes. En revanche… 

Morzan observa un court silence. Idril l’interrogea du regard, le pressant d’énoncer la suite.

—  nous pouvons être assurés que jamais les Nymphes n’oseront se prononcer. Leur neutralité est légendaire, tout autant que leur répugnance pour les conflits et la guerre. Elles suivront le plus grand nombre, comme elles l’ont toujours fait, ou elles se cacheront dans les recoins sombres de leurs bois magiques, en attendant que le Printemps revienne. Quant aux Druides… 

Le jeune homme chercha les mots qui convenaient le mieux pour la dépêche qu’il voulait livrer. 

 —  Les rumeurs prétendent qu’ils sont prêts à signer un nouveau traité avec le Seigneur Nordique.  

Les traits de la souveraine amazone n’avaient pas bougé. Son expression hermétique restait identique à celle qu’elle affichait depuis le début de l’entretien et ses émotions demeuraient insondables. Le jeune homme connaissait pourtant chacune des subtilités de son regard émeraude, et son éclat avait soudainement changé. Cette nouvelle l’avait contrariée, bien plus que celle qui avait initié son discours. Il le pressentait.  

—  Le Roi Galdor Fenril est cependant disposé à entendre nos arguments avant de conclure ce nouvel accord, reprit-il avec sang-froid. Il a d’ores et déjà dépêché son Haut Conseiller pour venir nous rencontrer… 

— J’eusse préféré m’entretenir directement avec lui ! interrompit brutalement la reine

Des chuchotements de désapprobation parcoururent la salle. Le jeune homme observa son homologue quelques instants, sans mots dire. Idril s’était cette fois-ci retranchée derrière une expression hostile et colérique, qui ne laissait guère de place au doute quant à son état d’esprit.      

—  Quand ce Haut Conseiller est-il supposé arriver ? finit-elle par lâcher, abrupte

— Dans trois jours.   

Souple de caractère et de tempérament, Morzan avait repris la conversation d’une voix accommodante, comme si de rien n’était. Il attira à nouveau l’attention de ses hommes d’un signe discret de la main, puis leur enjoignit de transmettre à la reine une lettre cachetée du sceau royal druidique. Idril la parcourut rapidement et Morzan profita de son silence pour insister et réitérer son engagement auprès des Filles de Freya. 

—  Les Ombres font du crime qui a été perpétré envers toutes les royautés du Gwendir leur priorité. Si nous réussissons à convaincre l’émissaire de Galdor Fenril de la légitimité de notre action, nous pourrons obtenir réparation pour cette injustice.  

— Mais si nous échouons, ce nouveau traité portera à deux le nombre de peuples ayant réaccordé leur soutien et leur confiance à l’Usurpateur, conclut-elle avec un pessimisme mâtiné de colère. Nous ne pourrons le tolérer. 

Elle se leva de son trône et domina l’assemblée de toute sa hauteur.

—  Ma décision est prise. J’accepte de recevoir cet ambassadeur. Que les préparatifs soient organisés dès ce soir.  

Plusieurs intendants s’inclinèrent avant de s’éclipser de la salle pour répondre à l’injonction de la souveraine. L’audience touchait à son terme.
 
—  Nous n’avons plus qu’à prier les Dieux que les Hauts-Alfes nous accordent leur bénédiction… ou qu’un autre évènement ne vienne perturber le cours des choses.  

Sur ces paroles, elle fit évacuer la salle d’un geste de la main, puis quitta son trône pour s’avancer vers son ami d’enfance. Elle lui adressa un sourire moins formel que les politesses qu’ils avaient échangées au début de leur entretien et le convia à gagner les appartements qui lui avaient été attribués. Elle le rejoindrait un peu plus tard dans la soirée. Morzan lui rendit une expression pleine de tendresse, s’inclina et rebroussa chemin. Idril resta pensive un long moment, avec pour seule compagnie celle de sa Chef des armées. Ensemble, elles réfléchirent aux fâcheuses nouvelles apportées par Morzan, ainsi qu’aux conséquences qu’impliquait la défection des Orthodoxes et des Druides pour leur stratégie. Puis, Idril quitta à son tour la salle du trône pour retrouver ses quartiers privés.

vendredi 26 juin 2015

Prophétie Nordique - Prologue (texte intégral)


Freya et les pommes d'éternelle jeunesse, destinées aux dieux
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Prologue

Au commencement des temps, lorsque le monde était encore jeune, vierge de toute vie, les Dieux Immortels décidèrent de le façonner selon leur volonté. Lassés de contempler l’immensité abyssale depuis leur haute forteresse céleste sans faire valoir leur intelligence créatrice, ils entreprirent de travailler à la confection du monde. Une fois leur tâche accomplie, les trois Souverains régnant sur le royaume astral conclurent un accord et convinrent de se partager les territoires d’en bas.

L’aîné, Hoenir, choisit d’occuper les fécondes terres du centre. Le cadet, Lodurr, préféra les chaudes landes méridionales. Quant au dernier né, Odinn, il se contenta des austères contrées septentrionales. Avec le soutien de leurs panthéons respectifs, les trois Souverains s’engagèrent à construire l’humanité pour peupler ce monde qu’ils avaient longtemps délaissé. Ils se séparèrent finalement pour œuvrer chacun de leur côté. 

Depuis le royaume d’Asgard d’où il pouvait observer l’étendue de son legs, Odinn baptisa le continent nordique qu’il s’était vu attribuer Gwendir. Il prit ensuite la décision de créer une multitude de peuplades pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua alors les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et Odinn confia à chacun la lourde tâche de confectionner un peuple. Pendant trois jours et trois nuits, les Sept s’isolèrent du reste de la Cour Céleste pour réfléchir à la requête du Dieu Souverain. Au matin du quatrième jour, tous se mirent au travail. Et au crépuscule du septième jour, chacun fut en mesure de paraître devant Odinn pour lui proposer l’œuvre à laquelle il s’était consacré durant tout ce temps.

Freya, déesse des sacrements et protectrice des guerriers, se présenta la première devant son géniteur et monarque. D’apparence jeune et de stature imposante, la déesse était parée de son armure rouge comme le sang et dorée comme le soleil. La fille préférée d’Odinn observa tour à tour les autres dieux avant de braquer vers son père ses prunelles magnétiques. Ces dernières possédaient les nuances des cieux qu’elle sillonnait sur sa monture de nuées lorsqu’elle s’invitait sur un champ de bataille. Son regard conquérant s’irisait du gris hivernal au bleu profond de la nuit, en passant par le bleu azuré d’un ciel d’été.

La guerrière céleste posa un genou sur le sol marbré de la demeure sacrée et s’inclina devant le trône sur lequel était assis le Fondateur Divin. Elle s’exprima en ces termes solennels :

« Odinn, mon Père et Souverain. Moi, Freya, ta fille la plus dévouée, j’honore ta requête et te propose le peuple des Amazones pour fouler les contrées que tu as façonnées avec tes Frères, et que tu offres généreusement à l’Humanité. Regarde mes filles vaillantes ! Femmes guerrières maîtrisant les épées, les armes d’hast et de jet, domptant les plus farouches équidés et honorant toujours leurs serments. Comme moi, elles seront loyales et courageuses. Jamais elles ne s’opposeront aux lois du Ciel, ni ne nous renieront. Odinn, accepte mon peuple et ma reconnaissance éternelle. »  

Le Tout Puissant hocha la tête pour accepter le peuple de Freya, puis lui fit signe de s’écarter pour laisser passer les autres dieux. Snotra, déesse de la connaissance, se présenta la seconde devant le Père Souverain et lui proposa le peuple érudit et discret des Ombres. À sa suite, Baldr, dieu de la lumière et de la beauté, proposa le peuple des Alfes ; Mani, dieu de la nuit et de la lune, le peuple des Druides ; Jörd, déesse de la terre et de la végétation, le peuple des Nymphes. Enfin, Thor, le dieu du tonnerre et de la force, présenta le peuple des Orthodoxes, dont la descendance naîtrait de la foudre et des rochers. Odinn acquiesça à chacune des propositions de ses enfants, satisfait du travail qu’ils avaient accompli. 

Lorsque ce fut au tour du rusé Loki, dieu du feu et des morts, la cérémonie fut interrompue par l’apparition des Nornes, déesses du Destin et des Prophéties. Les trois femmes, dissimulées par de larges suaires sombres, pointèrent leurs index en direction des dieux rassemblés, avant de prononcer de leurs voix caverneuses, sorties d’outre-tombe :

 « Vos Progénitures, Reflets de vos Âmes,
Finiront toujours par en venir aux Lames.
Pour faire taire le Traitre Parjure,
Nécessaire sera la Poigne Dure. »

Et elles se volatilisèrent, laissant les dieux soucieux et pantois. Le Septième Dieu s’approcha alors d’Odinn pour lui imposer le peuple des Hommes. Ses descendants seraient à son image, capables de se fondre dans la masse et de manier le mensonge et la tromperie mieux que n’importe quel autre peuple. Comme leur géniteur, ils n’auraient aucun scrupule à assurer leur propre bien-être au détriment de celui d’autrui. Odinn hocha lentement la tête de gauche à droite, la figure grave mais résignée. Le ricanement de Loki résonna dans tout le Palais d’Asgard avant qu’il ne quitte l’assemblée dans une gerbe d’étincelles. Ainsi était joué le destin du Gwendir.

* * * *

La méfiance s’installa progressivement au sein du panthéon nordique. Sous le regard impuissant du Souverain Divin, chacun se détourna de ses frères pour assurer la prospérité de sa descendance. Odinn ne put empêcher la division de sa compagnie et il s’écarta des affaires du Monde, trop accablé par les querelles de ses enfants.

Ces derniers, pendant des années, veillèrent sur leurs progénitures respectives depuis Asgard. Freya fut la première à descendre sur le Gwendir pour offrir aux Amazones un cadeau inestimable, qui assurerait leur protection au fils des âges : Glyrin, le Glaive protecteur, dont la lame était gravée d’antiques runes bleutées. Forgée dans un métal inconnu des mortels, l’arme possédait des vertus magiques exceptionnelles que la déesse refusait de décrire, préférant laisser ses filles découvrir par elles-mêmes les pouvoirs de son don. Jaloux de ce cadeau céleste, les autres dieux ne tardèrent pas à imiter leur sœur. Chacun offrit à son tour un présent à son peuple, signe de leur attachement et de leur bienveillance envers ceux qu’ils avaient conçus, mais aussi de leur défiance à l’égard de leurs pairs.
C’est ainsi que leur jalousie se transmit à leurs enfants et que la volonté de posséder les autres joyaux divins envenima l’esprit des grands rois. Le Gwendir fut secoué par d’innombrables guerres, violentes, sanglantes et désastreuses. Lorsque le continent semblait profiter d’une accalmie, c’était sans compter sur la duplicité et les mensonges de Loki, qui se divertissait des conflits et du chaos dont il était à l’origine. Le Septième Dieu s’amusait à attiser les flammes de la rancœur par l’intermédiaire de ses prêtres, leur contant mille chimères pour nourrir leur haine des autres dieux et, à travers eux, des autres peuples.

Les guerres pour s’emparer des trésors célestes ne furent pas les seules conséquences de la venue des dieux sur le continent. Les rois et reines du Gwendir cherchèrent à percer le mystère de ces artéfacts afin d’égaler – si ce n’était dépasser – la puissance de leurs créateurs. Nombreux furent les mages et les érudits qui s’employèrent à étudier les propriétés des reliques divines, afin d’en améliorer les pouvoirs… En vain.

Après de nombreuses et infructueuses années de recherches, les Orthodoxes furent finalement les premiers à y parvenir. De Thor, ils avaient reçu Lómil-Gamir, l’Orbe d’invocation. Leur roi, Aldur, parvint à en percer le secret et à modifier ses pouvoirs. Il put ainsi invoquer par millier des guerriers faits de chair et de sang, sans conscience, ni états d’âme. Réduites en esclavage, ces machines de guerre furent utilisées par Aldur pour asservir les contrées limitrophes et ainsi étendre sa domination jusqu’aux limites de l’imaginable.

Le dieu du tonnerre, furieux que ses descendants aient transgressé ses commandements et cherché à le surpasser, descendit sur le Gwendir pour châtier Aldur. Mais aveuglé par sa colère, il se méprit et punit le frère jumeau du souverain. Horrifié par le sort qui l’attendait lorsque Thor réaliserait son erreur, Aldur quitta son royaume. Prétextant une quelconque affaire d’importance à régler avec son homologue, il s’exila chez les Druides et usa de son Orbe pour assassiner le roi. Il s’empara alors de Tandil, l’Amulette de métamorphose que Mani avait confectionnée pour ses enfants, abandonna Lómil-Gamir et se métamorphosa en faucon. Quittant son apparence humaine, il se déroba ainsi au regard de son dieu…

Les Druides, abusés par les Orthodoxes, leur déclarèrent la guerre. Ils payèrent grassement les Amazones pour qu’elles combattent pour eux, tandis que les Fils de Thor firent valoir d’anciens traités pour requérir l’aide des Ombres. Rapidement, ce fut l’entièreté du territoire qui s’embrasa dans un conflit d’une ampleur jusque-là inégalée.

Bien des années après le début de cette Grande Guerre, Thor, au fait de sa méprise, descendit une nouvelle fois sur le Gwendir. Il conjura les autres dieux de venir avec lui pour retrouver Aldur afin de restituer l’Amulette aux Druides et permettre au continent de retrouver son calme. Freya écouta le chant des vents, Jörd interrogea les arbres, Mani questionna les animaux, Baldr étudia les astres… De leur collaboration, ils obtinrent d’étonnants résultats. Ils localisèrent Aldur qui avait conservé sa forme de rapace et le piégèrent grâce à une ruse de Loki.  Thor put finalement exécuter son châtiment sur celui qui avait osé le défier. L’Amulette fut rendue aux Druides et la tranquillité revint sur le continent.

Les dieux se mirent d’accord sur un point : les artefacts qu’ils avaient conçus étaient bien trop puissants pour de simples mortels. Ils s’entendirent alors pour briser l’héritage qu’ils leur avaient légué et annihilèrent les pouvoirs de chaque objet. Loki rejeta d’abord cette destinée et refusa d’altérer les pouvoirs de son don aux Hommes, Söndra, la Pierre de vision. Puis, il se ravisa presque aussitôt. Freya soupçonna un mauvais tour de sa part et, sans en avertir les autres dieux, elle décida d’endormir simplement les pouvoirs de Glyrin. Au terme de leur discussion, les dieux se promirent de ne plus intervenir dans les affaires des mortels.

* * * *

La collaboration des sept dieux inspira les peuples, qui décidèrent eux aussi de mettre un terme à ces luttes intestines qui causaient ravages, souffrances et désolations. Ils établirent un Conseil dont la mission était de rassembler les sept représentants de chaque royaume. À l’issue de plusieurs réunions régulièrement organisées, ils devaient élire celui d’entre eux qu’ils considéraient comme le souverain le plus respectable et le plus digne de confiance afin qu’il devienne le Seigneur Nordique. Le porte-parole de tous les autres. En acceptant ce rôle, le souverain élu devenait le garant de la bonne entente entre les peuples et donc du maintien de la paix sur l’ensemble du continent. Durant plusieurs siècles, les relations entre les populations furent apaisées. Elles devinrent même amicales et de nouvelles alliances se nouèrent. L’Ordre des Sept Compagnons perdura et, tour à tour, les différents Seigneurs Nordiques se succédèrent, faisant régner l’ordre, la paix et la prospérité sur tout le territoire. Pendant près de sept cent ans, le continent nordique jouit d’une harmonie seulement troublée par quelques conflits localisés, liés à des différends territoriaux.

Mais le destin du Gwendir avait été prophétisé par les Nornes et scellé par les agissements des Dieux des siècles auparavant, de sorte que jamais la paix ne serait durable. Porté par les sournoiseries du dieu Loki, qui ne pouvait se satisfaire de voir la création d’Odinn prospérer, le mal frappa de nouveau les contrées nordiques. L’Ordre des Sept Compagnons fut brisé par le nouveau Seigneur Nordique, de la race des Hommes, et l’an 1035 du calendrier gwendirien vit l’avènement d’un nouveau règne, celui du chaos et de la terreur.

Pour la première fois depuis la création de son Monde, Odinn quitta son trône et décida qu’il était temps pour lui d’imposer sa Loi. Sa colère fut grande et les dieux en furent effrayés, excepté Loki qui se réjouissait d’avoir déclenché l’ire de celui qu’il s’était secrètement juré de tourmenter. Il était trop tard désormais pour arrêter le Dieu Souverain. Nul ne savait ce qu’il avait en tête, mais tous comprirent que le Gwendir allait connaître de grands bouleversements…  

mercredi 17 juin 2015

Et si on parlait de Prophétie Nordique, pour changer ?


C'est bien joli d'ouvrir un nouveau blog pour son projet, mais encore faudrait-il vous en toucher deux mots ? Comme je l'ai évoqué dans mon premier billet, après avoir administré pendant cinq ans un jeu de rôle par forum se déroulant dans l'univers de Prophétie Nordique, j'ai décidé de me consacrer depuis 2013 à l'écriture d'une version roman. Mais de quoi ça parle au juste ?



« Depuis le royaume d’Asgard d’où il pouvait observer l’étendue de son legs, Odinn baptisa le continent nordique Gwendir. Il prit ensuite la décision de créer une multitude de peuplades pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua alors les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et Odinn confia à chacun la lourde tâche de confectionner un peuple. Pendant trois jours et trois nuits, les Sept s’isolèrent du reste de la Cour Céleste pour réfléchir à la requête du Dieu Souverain. Au matin du quatrième jour, tous se mirent au travail. Et au crépuscule du septième jour, chacun fut en mesure de paraître devant Odinn pour lui proposer l’œuvre à laquelle il s’était consacré durant tout ce temps. » (Extrait du Prologue)

Résumé - Lorsque le monde était encore jeune, les Dieux Immortels décidèrent de le façonner selon leur volonté. Odinn, qui avait hérité des austères contrées septentrionales, prit la décision de créer une multitude de peuples pour fouler les terres de son héritage. Il convoqua les dieux de son cortège et leur soumit son idée d’une pluralité d’espèces. Sept d’entre eux approuvèrent et chacun se vit confier la lourde tâche de confectionner un peuple. Lorsque chacun eut œuvré de son côté, ils se rassemblèrent pour présenter leurs peuples. Lorsque ce fut au tour du Septième Dieu, le rusé Loki, la cérémonie de présentation fut interrompue par l'apparition des Nornes. Les prophétesses mirent en garde les dieux contre l'avenir qu'ils étaient en train de façonner pour leur descendance : des humeurs belliqueuses de leurs Créateurs, les Peuples hériteraient. Jamais la paix, le Gwendir ne connaîtrait. Terrorisés par le destin réservé à leurs progénitures, les Dieux s'écartèrent les uns des autres. En secret, ils complotèrent pour assurer la survie de leurs peuples. Des objets magiques furent forgés pour les premiers hommes et les premières femmes. Et en agissant ainsi, les dieux scellèrent la prophétie des Nornes...

Des siècles ont passé depuis la Prophétie. L'Ordre des Sept Compagnons a unifié la terre du dieu Odinn, préservé la cohésion du continent et maintenu la sécurité de ses habitants. Mais l'aube d'une nouvelle ère est sur le point de se lever : l'Ordre a été dissout ; Six monarques ont été assassinés ; La guerre gronde. Idril, Siran et Telak ne se connaissent pas. Pourtant, bien des siècles auparavant, leurs destins ont été prophétisés par les Nornes et scellés par les agissements des Dieux. Dans cette guerre pour la liberté, l’avenir des Sept Royaumes est entre leurs mains.
Tome 1 -  Lorsque le Seigneur Nordique fait disparaître ses pairs, Idril voit son existence paisible voler en éclats. Unique héritière de la souveraine amazone, la jeune femme doit monter sur le trône, reprendre les rennes du royaume et faire payer au Seigneur Nordique sa trahison. Pour mener à bien son entreprise, elle devra obtenir le soutien des autres Peuples, mais tous ne semblent pas prêts à réclamer justice. Dans sa quête d'alliés, Idril pourra néanmoins compter sur le soutien de son ami d'enfance, devenu, lui aussi, l'un des Sept souverains du Gwendir.


Bilan : Juin 2015 - J'ai commencé à imaginer ce projet en 2007, à penser à une version roman en 2008, et à rédiger véritablement en 2013. J'ai connu des hauts et des bas pendant cette période de rédaction, des gros moments de doute et de remise en question : est-ce que mon histoire est intéressante ? est-ce que ma plume est bonne ? est-ce que je peux intéresser des gens ? j'ai réussi avec mon forum, mais est-ce que je réussirai avec mon roman ? Ces questionnements m'ont empêchée d'avancer pendant plusieurs mois, mais m'ont également poussée à prendre un nouveau départ pour mon histoire. Aujourd'hui, ce sont 9 chapitres et 1 prologue qui sont rédigés, soit environ 166.000 signes. J'entame mon dixième chapitre, enthousiaste. Aujourd'hui, c'est grâce au collectif CoCyclics que je maintiens mon rythme d'écriture. Le collectif a été un formidable tremplin quand j'en avais le plus besoin, un lieu d'échanges extraordinaire, où je peux discuter avec de nombreux auteurs. L'émulation y est forte, motivante et propice aux rencontres et aux affinités.

Le mot de la fin - Je suis attachée à mes personnages et à mon univers. Qu'importent les difficultés, je ne pourrais pas cesser de penser à eux. Ils font partie de moi, et si parfois ma thèse ou ma vie personnelle m'éloignent de ma création, elle n'est jamais très loin. Il me suffit de fermer les yeux pour être dans ce monde. Et finalement, tout ce qui compte, c'est que je sois capable de m'évader dans cet autre univers dès que le besoin s'en fait sentir. Et si vous voulez vous y projeter avec moi, prenez place...      

dimanche 7 juin 2015

Le Silence de la Cité d'Elisabeth Vonarburg


Le Silence de la Cité Vonarburg

Cinq fleurs : Je suis conquise



Titre : Le silence de la cité
Auteur : Elisabeth Vonarburg
Genre : Science-fiction
Année de parution : 1983
Nombre de pages : 334 pages (pour l'édition Alire, 2007)

Quatrième de Couverture : Plus de trois siècles se sont écoulés depuis les catastrophes climatiques de la fin du second millénaire et les héritiers de la civilisation détruite, de plus en plus rares et de plus en plus désaxés, vivent dans une Cité souterraine avec leurs doubles technologiques. Dernière enfant de cette Cité, Élisa est une petite fille aux capacités physiques étonnantes ; fruit des expériences génétiques de Paul, elle annonce une humanité résolument nouvelle. Mais Élisa saura-t-elle se libérer du passé qui l’a littéralement modelée et, du même souffle, en libérer ses nombreux enfants ? Et qu’en sera-t-il des hommes – et surtout des femmes – qui, hors les Cités, ont survécu à la barbarie et aux mutations de toutes sortes ?

Informations en vrac : Pour ceux qui ne me connaissent pas encore, je suis une lectrice-escargot. Il n'est pas rare que je mette plusieurs semaines (voire mois) à lire l'intégralité d'un livre, même s'il me plaît. Et il peut s'écouler encore davantage de temps entre deux lectures d'ouvrages. Mes deux premiers billets sont donc, étrangement, peu représentatifs de mon profil de lectrice. D'autant plus que je ne lis pratiquement jamais de SF. Ces précisions étant données, il est temps que je vous parle du Silence de la Cité. Après avoir lu Chroniques du Pays des Mères, j'ai souhaité en apprendre davantage sur son auteure. Quelques recherches suffisent pour entendre parler de son premier ouvrage, à lire comme une préquelle. Bien qu'il ait été écrit avant, le Silence de la Cité a été retravaillé après la sortie des Chroniques du Pays des Mères, et les avis convergent pour dire qu'il vaut mieux lire le Silence de la Cité après s'être attelé aux Chroniques du Pays des Mères. Et je suis assez d'accord avec ce conseil.

Les thèmes abordés sont assez variés, mais souvent en filigrane de l'histoire principale (comme les désastres écologiques en toile de fond). Le thème principal, selon moi, c'est l’ambiguïté des relations créateur/créature, géniteur/progéniture ou parent/enfant, leurs évolutions à travers le temps, mais aussi l'évolution des personnages qui se définissent par rapport à ces deux positions, successivement occupées. La liberté de choisir - ou de ne pas choisir - et les conséquences de ses agissements sont aussi une composante centrale du livre.

Ce que j'en ai pensé : Le Silence de la Cité se lit très différemment des Chroniques du Pays des Mères. C'est un livre que j'ai trouvé beaucoup plus abordable que son prédécesseur, avec un style très fluide, très dynamique, qui coule tout seul. Si c'est le développement de l'univers qui m'a captivé dans le premier livre (au détriment de l'histoire de Lisbeï, que j'ai trouvée secondaire), c'est bien l'intrigue et les aventures d’Élisa qui m'ont intéressée dans le Silence de la Cité. Et ce qui m'a surtout tenue en haleine, de bout en bout, ce sont les multiples références aux Chroniques du Pays des Mères. Beaucoup d'évènements relatés dans ce premier livre m'avaient échappé, car ils étaient trop peu développés ou trop complexes pour être compris à la première lecture. Le Silence de la Cité est en complète interaction avec les Chroniques du Pays des Mères et nous fournit des réponses claires à certaines questions, ou alors des pistes de réflexion ou de compréhension. Et ça, j'ai vraiment beaucoup aimé.

Cette relation entre les deux œuvres a donné une réelle profondeur au Silence de la Cité, profondeur qui n'est sans doute pas visible pour le lecteur qui le lirait avant les Chroniques. Le parcours d’Élisa, même s'il est intéressant en soi et suffit à faire du Silence de la Cité un bon livre de Science-fiction, peut paraître dénué d'enjeux véritables. Contextualisé avec les évènements des Chroniques, le parcours de la jeune femme prend de l'ampleur, tisse une toile bien plus grande que celle aperçue dans le Silence de la Cité, et vient également clarifier de nombreuses zones d'ombres des Chroniques du Pays des Mères.        
             
 
Mon avis en quelques mots : J'ai lu ce livre en seulement quatre jours. J'ai beaucoup accroché à l'histoire et à son héroïne, mais j'ai surtout adoré les références aux Chroniques du Pays des Mères. Ce n'est donc pas un livre que je vous conseille, mais deux. En espérant que vous les aimerez autant que moi.