Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

dimanche 10 avril 2016

Fanfiction Dragon Age - « Dareth shiral, vhenan »


Comme je vous l'avais annoncé dans le billet précédent, j'ai renoué avec l'écriture grâce à la rédaction d'un court texte sur Dragon Age Inquisition. Il s'agit d'une fan-fiction centrée sur l'héroïne de ma dernière partie. Pour ceux qui ne sont pas familiers avec cette série, le personnage principal est entièrement personnalisable. De son apparence, que vous créez au début du jeu, à son caractère, que vous forgez en fonction de vos choix. Les évènements décrits dans mon texte se déroulent à la fin de Dragon Age Inquisition (entre la fin principale et les évènements de Trespasser) ; il contient donc des spoilers


Inquisitrice elfe LavellanL'inquisitrice Elynëa Lavellan est une elfe dalatienne propulsée au cœur des évènements contre son gré. Mandatée par l'Archiviste de son clan pour espionner les évènements du Conclave, elle s'est retrouvée au cœur de l'explosion qui a ouvert une Brèche dans le Voile. Seule survivante, marquée par une étrange magie, elle est rapidement considérée par le peuple comme la messagère de la prophétesse Andrasté, venue délivrer Thédas. Très attachée aux traditions de son peuple et aux cultes des anciens dieux elfiques, Elynëa a toujours démenti avoir été choisie par Andrasté. Pour elle, les principes fondateurs de l'Inquisition devaient être l'ordre et la stabilité, et non la foi andrastienne.


Les montagnes filtraient les derniers rayons du soleil, nimbant Fort Céleste d'une douce clarté orangée. Accoudée à la balustrade de ses quartiers, Elynëa observait d'un œil distrait les agitations de la Cour intérieure. À plusieurs reprises, son regard se porta vers l'entrée de la forteresse, une grande arche de pierre à laquelle étaient accrochées les bannières de l'Inquisition et de la Dalatie. Les étendards ondoyaient avec légèreté sous les vents de saison, emportant avec eux les espoirs silencieux de la jeune femme. Chaque jour depuis que la paix était revenue dans le sud de Thédas, elle espérait le retour de celui qu'elle aimait, rêvait l'instant où il franchirait l'arche de pierre. Chaque jour, la désillusion était plus cruelle que la veille et son cœur se serrait à l'idée qu'elle ne le reverrait peut-être jamais.
Elynëa fut tirée de ses pensées lorsqu'elle perçut du mouvement à l'intérieur de ses appartements. Elle s'éloigna de la rambarde pour regagner ses quartiers, mais interrompit son geste en découvrant une silhouette masculine dans l'encadrement de la porte-fenêtre. Un sourire mutin fleurit au coin de ses lèvres.
— Chère amie, j'ose espérer que vous pardonnerez cette intrusion, commença l'étranger avec un accent maniéré. Nous ne vous voyons guère plus ces derniers-jours.
» Je suis certain que ma compagnie doit terriblement vous manquer, roucoula-t-il d'une voix de velours. Une tasse de thé ?
— Dorian Pavus qui s'occupe du service à la place des domestiques, ironisa la Dalatienne. Auriez-vous été touché par un malencontreux sortilège ?
— Ne soyez pas si caustique, articula-t-il en insistant sur chaque syllabe. Vous pourriez être blessante. Et je me verrai dans l'obligation de rapporter votre boisson préférée en cuisine.   
Le jeune homme s'approcha de l'Inquisitrice, tout sourire, et lui tendit le breuvage encore fumant. Elynëa s'enivra de son parfum épicé tandis que Dorian s'accoudait à la balustrade avec une négligence étudiée. Elle porta la tasse à ses lèvres et, à la première gorgée, les notes de cannelle et de caramel enveloppèrent son palais. Elle éprouva alors une douce sensation de réconfort.      
— Vous avez ajouté de l'elfidée, affirma-t-elle après avoir bu une deuxième gorgée.
— Et une touche d'embrium, confessa Dorian avec un sourire espiègle.
— Ainsi qu'une pointe de miel.
— Par le Créateur, on ne peut rien vous cacher !
— On ne peut plus dire que vous m'apportez mon thé préféré, le taquina-t-elle. 
Dorian grommela et haussa les épaules, faussement offensé. Son amie ne put réprimer un sourire amusé. Elle s'approcha de la balustrade en pierre grise, déposa sa tasse sur le parapet et s'accouda près du mage, épaule contre épaule.
— Merci, Dorian.
Elynëa put voir un discret sourire s'épanouir sous sa moustache aux extrémités recourbées, toujours soigneusement entretenue. Ses yeux clairs s'étaient accrochés aux cieux et ne parvenaient plus à en redescendre. À son tour, Elynëa porta son regard par-delà les montagnes, sur la cicatrice verdâtre qui zébrait la voûte céleste. Les deux amis demeurèrent silencieux, côte-à-côte, emmurés dans les pensées que leur inspirait le stigmate hideux de la déchirure du Voile. Jusqu'à ce que le Tévintide se penche vers l'Inquisitrice :   
— Est-ce encore douloureux ?
Elynëa observa sa main gauche comme si c'était la première fois. La magie de la marque ne se manifestait presque plus depuis la fermeture de la Brèche, mais elle sentait encore sa puissance irradier de sa paume et ses doigts.
— Je pensais que la marque disparaîtrait avec la Brèche, éluda-t-elle.
Dorian opina d'un air grave. Tous avaient supposé que la magie s'éteindrait en refermant le Voile, que la marque s'estomperait, que la vie reprendrait simplement son cours. Ils avaient eu tort. 
— Vivienne et moi mobilisons nos réseaux et nos connaissances pour... disons... éviter qu'une catastrophe ne se produise.
— J'apprécie ce que vous faîtes pour moi, les remercia-t-elle.
Dorian hocha la tête d'un air entendu, puis reporta son attention vers le ciel. Les minutes défilèrent à nouveau, silencieuses, jusqu'à ce que le mage reprenne la parole.
— Je souhaitais également vous avertir de mon départ pour Tévinter.
Elynëa accusa la nouvelle.
— Êtes-vous vraiment obligé d'y retourner ?
— Ah ! Vous ne pouvez plus vous passer de moi ! Je vous avais pourtant prévenue !
Dorian souriait toujours, mais son expression s'était teintée de mélancolie. Elynëa, elle, avait perdu son entrain. Au fil des saisons, le mage était devenu son meilleur ami et confident. Elle ne supportait pas l'idée que sa bonne humeur n'ensoleillerait plus Fort Céleste. Qu'ils ne pourraient plus partager des moments comme celui-ci. Qu'il l'abandonnait, lui aussi.
— Je ne vous abandonne pas, déclara-t-il comme s'il avait lu dans ses pensées. Ce n'est l'affaire que de quelques mois... Vous n'aurez même pas le temps de vous ennuyer ! Enfin... On s'ennuie toujours quand je ne suis pas dans les parages, mais vous comprenez l'idée.
Dorian parvint à lui tirer un sourire. Elle ne pouvait résister à son humour. Elle ne l'avait jamais pu, en réalité. C'était sa jovialité désinvolte qui l'avait séduite dès le premier jour, lorsqu'elle l'avait rencontré à Golefalois.
— Vous ne pensiez tout de même pas pouvoir vous débarrasser de moi aussi facilement ?
La Dalatienne secoua la tête de gauche à droite, mais fut prise de court par la tonalité grave des paroles qui suivirent.
— Vous êtes mon amie la plus chère, peut-être même la seule. Cela ne changera jamais, peu importe la distance.
— Vous allez me manquer, Dorian.
— Naturellement, rétorqua-t-il avec un sourire charmeur. Peut-être devrions-nous nous en tenir là pour ce soir... Avant que cet excès de sentimentalisme ne nous ramollisse tous les deux.
Elynëa approuva d'un hochement de tête et lui adressa un sourire complice.
— Ne tardez pas à boire votre infusion, elle va refroidir.
Le Tévintide inclina le buste vers l'avant, lui souhaita la bonne nuit et se dirigea vers l'intérieur.
— Dorian !
L'intéressé s'arrêta et se retourna vers l'Inquisitrice, les sourcils froncés par l'expectative.
— L'elfidée et l'embrium...
— ...favorisent le sommeil et dissipent les mauvais rêves, expliqua-t-il en triturant sa moustache.  
La jeune femme l'interrogea du regard avec insistance. Elle n'avait parlé à personne de ses nuits agitées. Comment pouvait-il...
— Vous avez une mine affreuse.
L'inquisitrice ronchonna pour la forme et lui tourna le dos. Elle perçut le ricanement un brin moqueur de Dorian, apparemment satisfait de son petit effet. Elle croisa les bras sur la rambarde et s'abîma à nouveau dans la contemplation des cieux. Derrière elle, le Tévintide esquissa un pas vers la porte-fenêtre, hésita, puis revint à la hauteur de la Dalatienne. Celle-ci tourna la tête vers lui et l'interrogea du regard à son tour.
— Il ne reviendra pas.
La jeune femme plissa les sourcils et feignit de ne pas comprendre.
— Solas.
— Vous n'en savez rien, objecta-t-elle.
— Il serait déjà de retour auprès de vous, s'il l'avait réellement souhaité...
— Vous n'en savez rien ! s'emporta-t-elle, blessée et contrariée. Vous ne le connaissez pas !
— Et vous, Inquisitrice ? Le connaissez-vous réellement ?
Les grands yeux bleus de l'elfe se chargèrent d'éclairs. La colère rugissait en elle comme une mer déchaînée, aussi dévastatrice que la douleur qui lui étreignait le cœur depuis le départ de son amant. Elle prit une profonde inspiration et détourna le regard pour éviter celui du mage.
— Vous savez où se trouve la sortie.
Dorian hésita quelques secondes, puis décida de laisser à son amie le temps nécessaire pour digérer ses paroles. Lorsqu'elle entendit la porte de ses appartements claquer, Elynëa ferma les yeux. Les larmes, brûlantes et amères, affluèrent derrière ses paupières et roulèrent bientôt sur ses joues, noyant les Vallaslin tatoués sous son regard.  

* * *

La lune baignait la chambre à coucher d'une atmosphère diaphane. Un courant d'air s'infiltra par la porte-fenêtre laissée entrouverte et fit bruisser les rideaux de fin velours. Elynëa s'agita dans son sommeil. Elle se retourna plusieurs fois entre ses draps et émit des sons plaintifs. Une silhouette dissimulée dans l'obscurité s'approcha d'elle à pas feutrés et s'installa au bord du lit. L'homme passa une main devant le visage de la jeune femme. Elle s'apaisa aussitôt. Ses traits se détendirent. Sa respiration se fit plus profonde, plus régulière. Le visiteur nocturne repoussa une mèche de cheveux derrière l'oreille de l’Inquisitrice pour mieux contempler son visage. Pendant de longues minutes, il demeura auprès d'elle et l'observa dormir, osant à peine respirer. À chaque minute que la nuit emportait, son expression s'assombrissait, alourdie par le remords et la souffrance. Lorsque son cœur ne put en supporter davantage, il se pencha vers elle, caressa ses joues avec son visage, puis déposa un baiser sur ses lèvres.  
— Ir abelas, ma vhenan.
Son souffle mourut sur la peau de la jeune femme. Solas se redressa, puis se dirigea vers la porte-fenêtre. Il plaça sa main sur le bois raviné, à la couleur passée et à la sculpture nerveuse, et posa un ultime regard sur le corps endormi de son amante. Un sourire douloureux exprimait ses sentiments. 
— Dareth Shiral, vhenan.
Le cœur lourd, Solas se résigna à quitter les lieux. Les ombres l'enveloppèrent à jamais.


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2 commentaires:

  1. Quel joli texte! J'étais passé à côté (j'ai du mal à rattraper mon retard de lecture depuis mon retour de vacances). J'ai pris beaucoup de plaisir à retrouver l'univers de Dragon Age Inquisition, et de découvrir l'Inquisitrice que tu as forgée. C'était un plaisir de retrouver Dorian (et Solas, même si son passage était bref). C'est toujours un plaisir de retrouver ta plume en tout cas, bravo :)

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    1. # Solavellan Forever (mode groupie : ON) !

      Merci pour ces compliments, Florie, ça me touche et me fait plaisir ! C'était la première fois que je m'essayais à la fan-fiction, et j'ai trouvé ça difficile de bien respecter les personnages déjà connus (s'approprier Dorian sans le trahir... chaud ! c'était un bon exercice)

      En tout cas, ça m'a bien aidé pour remettre pied à l'étrier quand je manquais d'inspiration !


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