« La lecture nous donne un endroit où aller lorsque nous devons rester où nous sommes » – Mason Cooley
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mercredi 8 novembre 2017

Écrire, pourquoi ?




Vous l'aurez certainement remarqué, hormis quelques chroniques de lecture, je n'ai pas beaucoup alimenté mon blog cette année. Les billets d'humeur à propos de l'écriture se sont raréfiés – et pour cause, l'écriture s'est révélée compliquée depuis le mois d'avril (ennuis personnels et importants soucis de santé, qui ont fait déserter la motivation et l'inspiration). Et lorsque j'ai enfin retrouvé l'envie d'écrire, l'inspiration et le plaisir ont continué de bouder dans leur coin, rendant le processus de retour à l'écriture très complexe à gérer. Et très aléatoire. Car malgré l'envie d'écrire quelque chose, je n'y parvenais tout simplement pas (ou alors, quand j'y parvenais, je n'y prenais aucun plaisir).

Pour dépasser mes problèmes, j'ai pris le temps de m'interroger plus longuement sur ce qui me motivait à écrire à la base. Et sur les raisons qui m'empêchaient de revenir à ces bases. Je vous propose dans cet article de revenir sur ces interrogations et sur les techniques qui m'ont aidée à dépasser mes blocages.   

     Pourquoi je n'écris pas ?


J'ai parfois l'impression de passer plus de temps à réfléchir aux raisons pour lesquelles je n'écris plus qu'à écrire les histoires qui me tiennent à cœur. Vous souvenez peut-être de mon article sur le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas ; ou de celui consacré aux doutes de l'écrivain ; qui abordaient déjà ces questions ? Si la question revient si souvent, c'est parce que le fait de ne pas écrire est un moment douloureux. Les émotions négatives prennent alors le dessus : déprime, culpabilité, perte de confiance, démotivation... Et c'est un cercle vicieux qui peut s'installer durablement ! Dans mon cas, j'ai réussi à écrire une nouvelle de plus de 50.000 signes cet été (alors que mon projet de roman restait au point mort depuis avril). Pourtant, je n'en ai tiré que peu de plaisir et que peu de satisfaction, ce qui a rallongé ma période de morosité.

Sur son blog « Mécanismes d'histoires », consacré aux techniques d'écriture, Marièke identifie 5 manques qui nous empêchent d'écrire : le manque de temps, le manque d'envie, le manque d'inspiration, le manque de confiance et le manque de motivation. Je trouve la lecture de ses articles intéressante, et je vous la conseille si vous ne réussissez pas à écrire. Marièke donne quelques astuces et conseils pour combler ces différents manques.

Clairement, je me situais au croisement entre le manque d'inspiration et le manque d'envie, avec toujours ce manque de confiance en toile de fond qui ne faisait qu'alimenter les deux premiers manques.

     Pourquoi j'écris ?


J'avais envie sans avoir vraiment envie. Ou plutôt, j'avais envie d'avoir envie. Parce qu'au fond, quand je regarde quelques années en arrière, n'était-ce pas totalement l'éclate quand j'écrivais ? Je me sentais pousser des ailes à l'époque, quand mes personnages prenaient le contrôle et que je vivais de purs moments d'inspiration. Une espèce d'état de transe, où tout autour de moi devenait secondaire. Où chaque petit détail de ma vie quotidienne me rappelait à mon histoire et mes personnages.

Relativisons. Comme le souligne Elizabeth Gilbert, dans son ouvrage « Comme par magie: Vivre sa créativité sans la craindre » le quotidien d'un écrivain n'est pas fait que de moments de transe créative. Ce n'est pas anormal de s'asseoir devant son ordinateur ou son carnet sans inspiration. Il faut parfois provoquer l'inspiration, ne pas simplement attendre qu'elle nous tombe dessus comme une grâce divine.

En tout cas, ce que je retiens de ce regard en arrière, c'est que j'aime écrire pour ces moments de communion avec mes personnages. Ces moments où ils viennent chanter à mon oreille, avec leurs voix de sirènes enchanteresses... J'écris pour faire vivre des émotions à mes personnages, pour qu'ils s'épanouissent sous ma plume. J'écris pour m'évader, pour échapper au quotidien, mais aussi pour partager mon monde imaginaire avec d'autres personnes. Avoir le sentiment de partager la connaissance d'un monde secret, qui n'appartient qu'à nous. J'écris parce que cela a quelque chose de gratifiant, aussi. Et vous, pourquoi écrivez-vous ?

J'ai de bonnes raisons d'écrire. Alors pourquoi ai-je tant de mal à écrire mon roman ? Les larmes de Caledë est-elle l'histoire qu'il me faut en ce moment ? Je continue l'introspection plus profondément, et cherche en moi les raisons qui m'avaient donné envie d'écrire ce roman. Je visualise quelques scènes. Je réfléchis aux grandes thématiques de l'histoire. Je renoue avec mon héroïne, si forte et si fragile à la fois. Elle qui se trouve ballotée par son destin... Non, vraiment, j'ai envie d'écrire cette histoire ! Je l'avais juste oublié.


     Retrouver l'inspiration


J'avais retrouvé l'envie d'écrire cette histoire, mais l'inspiration n'était toujours pas au rendez-vous. Je décidai alors de ne plus être passive, de ne plus attendre la grâce divine. J'élaborai un plan d'attaque pour renouer en profondeur avec mon histoire : apprendre à utiliser le logiciel Scrivener et organiser mon projet avec ; utiliser la méthode du sablier ; chercher des illustrations, musiques, etc. pour agrémenter mon projet ; reprendre mon synopsis avec la méthode des flocons en vue d'aboutir à un synopsis plus détaillé, organisé en chapitres ; faire des topos sur l'univers ; lire des articles/livres/blog de conseils aux auteurs ; etc. Tout était bon à prendre à ce moment-là.

Comme j'ai pu le lire sur le forum Cocyclics, l'inspiration - et par extension l'écriture - sont comme des muscles qu'il faut entraîner. On ne peut pas s'attendre à courir un marathon du jour au lendemain, il faut commencer par des échauffements et de petites distances, qui s'allongeront au fur et à mesure que nos muscles seront habitués à l'effort. Si on continue dans la métaphore sportive, on peut aussi comparer l'écriture au vélo : les premières poussées sur les pédales sont difficiles, mais lorsque la bicyclette est lancée, pédaler devient plus facile. C'est d'ailleurs pour cette raison que de nombreux auteurs, comme Lionel Davoust, conseillent de se plonger tous les jours dans son projet (une différence notable avec écrire tous les jours !)

Ainsi, une idée en entraîne une autre, qui en entraîne à son tour deux autres, etc. Dans mon cas, c'est la découverte de la méthode des flocons qui m'a permis de me remettre en selle. Le principe est de partir de quelque chose de très vague (le résumé du roman en une phrase) pour aboutir à quelque chose de très détaillé (un plan détaillé de chaque scène du roman) en neuf étapes. Pendant 2 à 3 semaines, je me suis forcée à travailler chaque jour (ou presque) sur les différentes étapes de cette méthode. J'ai ainsi renoué avec l'histoire que je voulais écrire, tout en approfondissant de nombreux points (personnages, intrigues, etc.) L'inspiration est ainsi revenue frapper à ma porte. 


     Affronter la peur d'écrire


L'envie et l'inspiration étant revenues, je devais maintenant affronter la peur de ne pas réussir à écrire à nouveau. Quand vous restez plusieurs longues semaines, voire plusieurs mois, sans rien écrire, il me semble normal de ressentir une appréhension. Est-ce que je vais réussir à écrire ? Et si les mots ne viennent pas ? Et si ce que j'écris est nul ? Après quelques temps, il ne faut pas s'étonner de se sentir rouillé ! Cela ne veut pas dire que vous écrirez moins bien qu'avant, mais cela peut vouloir dire que vous aurez plus de mal, que les mots sortiront moins spontanément... Il faut accepter cela, accepter d'être moins performant pendant quelques temps (mais ça va revenir ! rappelons-nous, c'est un muscle qu'il faut entraîner !) et accepter de s'astreindre à une certaine discipline pour retrouver son aisance. Il ne faut pas se décourager.  Le principal, c'est d'avancer petit à petit et de ne pas perdre le fil de son histoire, de ne pas perdre la voix de ses personnages.

Pour s'aider, on peut se lancer des défis (des petits défis ! si on vise trop gros, on va se remettre à déprimer et culpabiliser de ne pas les avoir atteints...) : par exemple, en ce moment, je me lance le défi d'écrire un minimum de mots par jour : 100 mots le premier jour, 150 mots le deuxième, 200 mots le troisième, etc. Quand j'aurais retrouvé mon aisance, je me fixerai un quota de mots à atteindre chaque jour (ce quota restera peut-être à 100 mots, à 200 mots ou à 500 mots ! je ne sais pas encore). Mais ce devra être un quota simple, facile à atteindre, qui ne me décourage pas même quand je ne suis pas motivée : car c'est le but ! Ce quota, c'est surtout un minimum à atteindre les jours où je ne suis pas en forme... ;-)

Une chose importante à ne pas oublier : personne n'écrira ce livre à votre place. Vous êtes le ou la seul•e en mesure de pouvoir le faire.


Au plaisir de vous lire,
Adèle Weiss - Des mots de tête
    

mardi 2 mai 2017

Le doute et l'écrivain


Ordinateur et bougie

Le pire ennemi de l'écrivain, c'est très certainement le doute. Cette petite voix insidieuse qui vous murmure à l'oreille que vous n'y arriverez jamais, que votre histoire n'est pas originale, que personne ne sera intéressé par votre roman...  Le doute, c'est comme le bourdonnement désagréable et persistant d'un insecte qui vous tourne autour. Vous avez beau secouer la tête pour chasser les idées négatives, le doute finit toujours par revenir vous taquiner.

      L'écrivain et ses différents ennemis

Pour mener à bien ses projets, l'écrivain doit affronter une horde d'ennemis. Si vous êtes comme moi, accaparés par une vie bien remplie et pas toujours compatible avec l'écriture, vous savez très certainement que l'écrivain doit s'armer de patience et composer avec les aléas du quotidien. S'il veut pouvoir concrétiser ses projets, l'écrivain doit réussir à dépasser le manque de temps (ou le manque de disponibilité mentale – c'est-à-dire ne pas avoir l'esprit à l'écriture – ce qui est pire encore que le manque de temps, à mon avis). Il faut essayer de s'aménager des créneaux horaires dédiés à l'écriture, et essayer de s'y tenir. Parfois, plus que le manque de temps, c'est la flemme ou la procrastination qui a raison de l'écrivain. Il faut alors se faire violence, quitte à demander de l'aide à un ami.

Mais, vous est-il déjà arrivé de ne pas réussir à écrire, alors même que les conditions optimales étaient réunies ? Vous aviez du temps, de la disponibilité, vous aviez un projet sous la plume, vous étiez encouragé.e par vos amis ou votre entourage, vous étiez motivée et vous aviez envie d'écrire... mais, bizarrement, vous n'avez pas réussi à aligner plus de quelques mots. Tout un tas de raisons peuvent sans doute l'expliquer. Mais peut-être avez-vous simplement commencé à douter de vous ou de votre histoire ?

      Le doute, le pire ennemi de l'écrivain ?

Le doute peut être bénéfique, car il nous pousse à nous remettre en cause. Il nous invite à rester vigilant. À ne pas être trop confiants, trop sûr de nous-mêmes. Parfois, on se met à douter pour de bonnes raisons - qui n'a jamais douter de l'utilité d'une scène, de la cohérence d'un évènement ou d'un personnage, et à raison ? Parfois, le doute nous aide à améliorer les choses bancales de notre histoire. Il nous permet d'identifier les problèmes et de les dépasser.

Mais parfois, le doute n'a pas lieu d'être. Nous l'éprouvons quand même, nous nous remettons en cause sans raison, et nous tendons vers un perfectionnisme qui finit par nous paralyser. Les personnes sensibles, qui manquent de confiance en elles et/ou qui aiment le travail plus que bien fait, finissent par ne voir que le verre à moitié plein. Alors que les conditions sont idéales pour l'écriture, elles s'enferment dans une réflexion négative à propos de leur travail et n'écrivent pas.

À tort, nous laissons notre manque de confiance prendre le dessus. En ce sens, il n'y a pas pire pour l'avancement d'un projet que l'écrivain qui ne croit pas en ses capacités. S'il ne croit pas en lui, qui prendra la plume à sa place ? Personne.

      Pour quelles raisons l'écrivain doute-t-il ? Comment y remédier ?

On peut douter de plein de choses, quand on écrit ! J'ai l'impression que beaucoup d'écrivains doutent de l'originalité de leur histoire – et par extension de l'intérêt de leur histoire. Certains baissent les bras parce qu'ils pensent que leur projet n'intéressera personne, que tout a déjà été dit et que leur contribution est vaine. Ce n'est pas vrai ! Chaque histoire vaut la peine d'être racontée, ne serait-ce que parce que vous la raconterez avec vos propres mots, votre propre manière. Il peut être intéressant de rejoindre des communautés d'écrivains pour partager ses doutes, pour être rassuré, et pour voir qu'on est pas tout seul à avoir ces interrogations-là (et je recommande bien évidemment Cocyclics pour ceux qui écrivent dans le registre de l'imaginaire - qui m'a beaucoup aidé (et m'aide encore) à surmonter mes doutes d'auteure débutante). 

Le doute peut aussi frapper le style de l'écrivain, la façon dont il écrit. L'écrivain doute alors de sa capacité à raconter quelque chose. Ou alors, l'écrivain peut se mettre à douter de la cohérence de son histoire, de la profondeur de ses personnages... Dans ce cas de figure, il peut être intéressant de se confronter à l'avis d'autres personnes, d'autres auteurs - pour être rassurés... ou pour prendre le problème à bras-le-corps (Qu'est-ce que la bêta-lecture ?). 

Les origines du doute sont nombreuses. On devine principalement un manque d'assurance, de confiance en soi, une volonté de trop bien faire, une peur de l'échec ou un manque de reconnaissance. C'est donc du côté de la personnalité de l'écrivain qu'il faut creuser. Il est probable que l'écriture ne soit pas la seule activité à être affectée par le doute. Les livres de développement personnel (qui apprennent à gérer les émotions, à mieux se connaître, à valoriser les qualités et talents de la personne, etc.) peuvent être une piste. Personnellement, la lecture de L'art de se gâcher la vie de Marie Andersen m'a beaucoup appris en début d'année, quand je n'arrivais pas à lâcher prise (pour l'écriture, mais aussi dans mon quotidien en général). On m'a aussi beaucoup recommandé Comme par magie, d’Elizabeth Gilbert (avis disponible sur La Nife en l'air ou La plume d'Aemarielle).


         En tous les cas, pour ne pas rester paralysé par les doutes, c'est un travail à faire sur soi. Il faut essayer de comprendre les raisons de nos doutes, pourquoi on s'y enferme et pourquoi il est parfois plus "confortable" d'y rester que de se retrousser les manches. Il faut apprendre à se faire un peu plus confiance, à se dévaloriser un peu moins, à relativiser et à écouter ceux qui manifestent de l'intérêt pour nos travaux. Ce n'est pas simple... mais qui a dit que l'écriture était simple ? :)     


Au plaisir de vous lire,
Adèle Weiss - Des mots de tête

samedi 1 avril 2017

Comment vaincre la peur de la page blanche


Montre hibou fleurs
Crédit image : Smells like spring


Après un début d'année un peu chaotique au niveau de l'écriture, entre l'abandon d'un projet à peine amorcé et le syndrome de la page blanche dont j'ai bien eu du mal à me défaire, le printemps souffle un vent frais sur mes envies et projets. J'ai toujours adoré le printemps. On quitte la morosité de l'hiver, et on profite des premières douceurs du soleil. Le printemps m'inspire, car il me redonne goût aux choses que la déprime hivernale avait rendues tristes...    

      Vaincre le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas...

Pour commencer cette nouvelle année, j'ai dû vaincre ma peur de la page blanche, mais aussi ma démotivation générale par rapport à l'écriture. Je ne crois pas qu'il existe une recette miracle pour combattre le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas... Chaque personne doit trouver son rythme, comprendre ses envies, utiliser ses ressources. Certaines personnes auront besoin de lâcher prise complètement, d'arrêter l'écriture pendant quelques temps, de se changer les idées, d'écouter leur Muse et de changer de projet, de se forcer à écrire... Cela dépend de la personne, et de la période. Ce qui marche à un moment donné ne remarchera peut-être pas la prochaine fois.

Pour moi, il a été question d'abandonner mon projet Sous les écailles du dragon, d'accepter que ce n'était pas le bon moment pour cette histoire. De me lancer dans un autre projet, un spin-off de Prophétie Nordique, consacré au peuple des Nymphes. De prendre du recul par rapport à l'écriture, en me consacrant à tout autre chose, notamment aux jeux-vidéos. J'ai pris du plaisir en m'investissant dans un jeu dont l'histoire et les personnages m'ont transportée. Lorsque je l'ai terminé, je me suis rendue compte que j'avais à nouveau envie d'écrire. Que j'avais envie de raconter des histoires comme celle que j'avais suivie. Muse s'était assez ressourcée. 

      ...grâce à la méthode du sablier

Pour vaincre ma peur d'écrire, j'ai testé une méthode d'écriture : la méthode du sablier, proposée par l'auteure Samantha Bailly. L'objectif est de consacrer chaque jour de la semaine un temps spécifique à l'écriture, et d'augmenter progressivement le temps alloué pendant les sessions (cinq minutes d'écriture le premier jour ; dix minutes le deuxième jour ; etc.)

Je ne partais pas forcément convaincue par cette méthode, car je suis du genre à vouloir me consacrer à de longues sessions d'écriture. Et à moins d'avoir deux heures devant moi, je n'ai pas envie de m'y mettre. Sauf que... en cas de blocage, relancer la machine par des sessions très courtes s'avère très efficace. Le premier jour, j'ai utilisé les cinq minutes pour ouvrir mon fichier, et penser à ce que j'avais envie d'écrire. Concrètement, je n'ai pas utilisé ces cinq minutes pour écrire, mais pour désacraliser le moment de l'écriture, ne plus redouter d'ouvrir mon fichier. Ces cinq minutes m'ont permis de créer une sorte de bulle, où seule l'écriture importait. Le lendemain, j'ai utilisé les dix minutes pour écrire ce à quoi j'avais réfléchi la veille... Et j'ai continué en augmentant les séances. Et cela m'a permis de commencer à écrire le prologue de mon nouveau projet, Les larmes de Caledë.

Défi sablier


      ...grâce aux rituels d'écriture

L'année dernière, je vous avais expliqué pourquoi je préférais parler de « rituels d'écriture » plutôt que de routine d'écriture ; cette dernière me donnant l'impression de culpabiliser les personnes qui ne peuvent pas écrire régulièrement. Avec la fin de ma thèse, j'avais peu à peu perdu mes rituels, et j'avais même fini par les mettre complètement de côté quand j'ai voulu recommencer à écrire cette année. Grâce à la méthode du sablier, j'ai retrouvé l'envie de me créer ma « bulle d'écriture » ; et pour que ma bulle soit la plus confortable possible, j'ai renoué avec mes rituels. 

Pour démarrer ma session d'écriture, je commence par diffuser un peu d'huile essentielle dans mon bureau. Une synergie revitalisante (c'est à dire un mélange de plusieurs huiles essentielles) de chez Nature & découvertes qui permet de créer une atmosphère vivifiante, stimulante, propice à l'écriture. Je suis vraiment convaincue par les bienfaits des huiles essentielles, et celle-ci fonctionne très bien pour donner un petit coup de fouet, tout en restant apaisante. Sinon, j'aime bien aussi la bergamote seule, qui créé une atmosphère très relaxante.

Ensuite, je me prépare une boisson chaude, un thé généralement. Puis je coupe mon diffuseur (pour ne pas saturer l'air, il ne faut pas diffuser d'huile trop longtemps). Et juste avant de démarrer, j'active le chronomètre de mon téléphone (c'est mon sablier 2.0), j'allume une bougie et je commence par relire les dernières phrases que j'ai écrites. Après quoi, je peux commencer à rédiger !

      ...grâce l'écriture de projets courts

Quand on éprouve des difficultés à écrire, certains auteurs préconisent de se consacrer à des projets courts, comme les nouvelles. Les projets courts permettent de renouer avec l'écriture, et peuvent donner la satisfaction d'aller au bout de quelque chose. C'est une méthode que j'applique régulièrement. Et qui fonctionne très bien pour moi. J'adore écrire des interludes - des tranches de vie pour mes personnages, qui ne s'insèrent pas dans mon roman. Cette méthode me permet de renouer avec mes personnages dans un cadre plus « décontracté ». Plus récemment, je me suis mise à la fan-fiction (avec les jeux vidéos de Bioware, Dragon Age et Mass Effect, qui ont un effet très stimulant sur mon inspiration et ma motivation). Et cela m'aide à écrire de courts textes uniquement pour m'amuser. 

Peu à peu, je commence à prendre goût à l'écriture de nouvelles. Les deux dernières semaines, je me suis beaucoup investie sur la rédaction d'une nouvelle fantastique, afin de l'envoyer à une revue. Leur appel à texte (ou AT) était dédié aux voyages temporels. Et cela m'a beaucoup inspiré. Il existe des sites répertoriant les AT des revues, comme Épopées fictives (pour la SFFF) ou Le Coin des Appels à textes : jeter un œil aux thèmes des AT peut stimuler l'imagination !



   En résumé, ce sont les principales méthodes que j'ai mobilisées en ce début d'année pour vaincre mon syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas ; et j'en suis satisfaite puisque ça a fonctionné ! 


Au plaisir de vous lire,
Adèle Weiss - Des mots de tête

dimanche 12 février 2017

Le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas


Ordinateur et cahier

     Introduction : Pour être écrivain, il faut écrire.


Pour être écrivain, il faut écrire. Cette affirmation peut faire sourire, tant elle est évidente. Se dire écrivain ne suffit pas à faire de nous des auteur.e.s. Pourtant, ces derniers temps, j'ai l'impression d'avoir oublié la base de l'écriture et de l'occupation essentielle de l'écrivain : la rédaction. Certes, je multiplie les projets et les idées ; je dis à qui veut l'entendre que ma passion est l'écriture ; mais le fait est que j'écris de moins en moins. Je me complais dans mes projets de roman, dans l'idée que je me fais des romans que je vais écrire... mais je n'écris plus (ou très peu). Je souffre du syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas. Par extension, je souffre du syndrome de l'imposteur : je souffre à l'idée que je ne suis qu'un imposteur parmi les vrais écrivains ; que je n'ai pas ma place parmi ceux et celles qui écrivent vraiment. Pire, l'idée que ma passion soit une imposture me donne des frissons : si je n'arrive plus à aligner trois lignes, peut-on vraiment dire que j'aime écrire, au fond ?


     Comprendre les raisons du blocage


Lorsqu'on a réalisé qu'on souffrait du syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas, il faut essayer de comprendre pour quelle.s raison.s on n'écrit plus. Certaines personnes manquent de confiance en elles, en leurs plumes, et se perdent dans les méandres de l'insatisfaction chronique. Certains posent la plume parce qu'ils estiment que leurs écrits ne sont pas originaux, pas intéressants, pas satisfaisants. D'autres passent leur temps à corriger, encore et encore, ce qu'ils ont déjà rédigé (quelques chapitres tout au plus – une attitude que j'ai déjà eue par le passé) À ne pas confondre avec un vrai travail de correction, activité incontournable pour tout écrivain après la rédaction du premier jet. Dans certains cas, c'est la vie personnelle qui se montre incompatible avec l'écriture : déprime, manque de temps, priorités se situant ailleurs, etc. Enfin, pour certaines personnes, l'écriture sera toujours une abstraction, une activité vers laquelle ils tendent : une activité qu'ils intellectualisent mais qu'ils ne concrétisent jamais.


     Apprendre à écouter sa Muse


Une autre raison possible de ce syndrome : ne pas s'écouter en tant qu'écrivain. Et plus globalement, ne pas s'écouter en tant qu'individu. C'est en lisant l'article « Écoute toi quand t'écris !! » de Dominique Lémuri que m'est venue cette idée. Puis, c'est en repensant à l'article de la Nife en l'Air, « Le rythme de la vie », et en commençant à lire « L'art de se gâcher la vie » de Marie Andersen, que j'ai compris que je ne m'écoutais pas en tant qu'individu. Et que je ne m'écoutais donc pas non plus en tant qu'écrivain. En effet, j'ai une approche très intellectuelle des choses, très rationnelle. J'intellectualise beaucoup de choses, plutôt que de les ressentir. Ce qui est paradoxal (ou pas) quand on sait que j'ai des problème d'hyper-émotivité et d'hyper-sensibilité ; que mes émotions sont toujours brutes de décoffrage. L'intellectualisation et la rationalisation sont peut-être une contrepartie à ce côté très « à fleur de peau »... Toujours est-il que j'avais décidé, après ma thèse, de me lancer dans la rédaction d'un roman one-shot, Sous les écailles du dragon, pour tout un tas de raisons. À la mi-janvier, un gros mois après ma soutenance de thèse, j'ai donc décidé d'ouvrir un challenge sur le forum Cocyclics pour commencer officiellement mon projet. Sauf que...

Trois semaines plus tard, je me rends compte que je ne suis pas du tout en phase avec mon projet. Même si je tiens à écrire cette histoire, je dois reconnaître que je ne suis pas inspirée. Muse boude et je n'ai aucune envie d'écrire, comme si j'en avais perdu le goût. Les premiers temps, je me cherche quelques excuses. Je me dis qu'il faut laisser au projet le temps de mûrir. Demain sera un autre jour, je suis sûre que l'inspiration n'est pas loin. Dans son livre, Marie Andersen nous met en garde : ne pas confondre persévérance et obstination. Si la première est une vertu, la seconde nous fait passer à côté des choses. Par ailleurs, à trop attendre un demain plus joyeux, on finit par se complaire dans l'inaction, la passivité, l'attente. À la lecture de son livre, j'ai une sorte de déclic qui m'ouvre les yeux : je n'ai pas envie d'écrire Sous les écailles du dragon pour le moment. J'accepte enfin de reconnaître que mes désirs ne sont pas compatibles avec les plans que j'avais formulés.   

Je décide donc de mettre en application ce que j'ai lu : je ne vais pas m'acharner sur ce projet, en attendant obstinément que les choses changent d'elles-même. En attendant d'avoir envie. En culpabilisant de ne pas avoir envie. J'ai tellement intellectualisé ce moment et ce projet, cette fin de thèse qui me permettrait de commencer un nouveau roman... que j'ai oublié d'écouter mes tripes et mon cœur. Trois semaines après l'ouverture de mon challenge sur Cocyclics, je demande donc à le suspendre. J'y reviendrai quand l'inspiration sera revenue.

Stylo et boule de papier

     Ne pas avoir peur d'expérimenter


Alors que je désespérais de ne plus avoir envie d'écrire, alors que je culpabilisais de ne pas profiter du temps que j'ai enfin pour l'écriture, alors que je pensais être partie pour plusieurs semaines de non-écriture... devinez qui décide de n'en faire qu'à sa tête ? Muse, évidemment. Il est amusant de constater à quel point, du jour au lendemain, mon état d'esprit s'est renversé. Avant-hier, je demandais la suspension de mon challenge. Aujourd'hui, Muse est en train de composer mon prochain projet.... et me donne à nouveau envie de m'y mettre. C'est comme si, en officialisant l'arrêt de Sous les écailles du dragon, en acceptant de renoncer temporairement à ce projet qui ne m'inspire pas, j'avais fait sauter les verrous de mon inspiration. Muselée, ligotée à un projet dont elle ne voulait rien entendre, mon inspiration s'était éteinte et mon goût de l'écriture s'était évanoui. Libérée de ses entraves, Muse se plaît à imaginer tout un univers de possible...

Mais, en définitive, on en revient au même point : une nébuleuse de projets plane au-dessus de ma tête. Que dois-je en faire ? Je me dis que je ne devrais pas m'engouffrer dans un nouveau projet si rapidement, ce n'est pas raisonnable... mais, pourquoi pas, en fait ? Qu'est-ce qui me retient ? Qu'est-ce qui m'en empêche ? Un sentiment de culpabilité (ou de faiblesse) de ne pas réussir à garder le contrôle ? de ne pas réussir à tenir mes plans ? de ne pas réussir à me consacrer au projet que je voulais mener en ce moment ? Pourquoi intellectualiser, rationaliser, brider mes désirs plutôt que de suivre mon instinct et mes envies ? La peur de me lancer dans un nouveau projet, mais comme pour les autres, de me rendre compte au bout de quelques semaines que je ne terminerai pas ? Je conclurais donc cette article par une citation de Marie Andersen :
« La peur de l'échec empêche la découverte et anesthésie la puissance. Cette crainte est souvent alimentée par l'impression que si on commence, on devra aller jusqu'au bout (...) Mais toutes les situations ne nécessitent pas cette sévérité, bien au contraire. On peut ébaucher, expérimenter, constater que ce n'est pas fait pour nous et interrompre, sans que cela ne fasse un drame. » 
C'est simple : je réfléchis beaucoup trop ! L'important, c'est de se faire plaisir, d'identifier ses réelles envies, de laisser son inspiration et ses envies s'exprimer ; ne pas hésiter à prendre son temps, laisser du temps au temps ; et s'accorder le droit de tâtonner, d'expérimenter.... On ne peut pas courir avant d'avoir appris à marcher.  

lundi 23 janvier 2017

Mettre un projet en pause


livre vintage


Il y a quelques années, j'étais persuadée que je n'écrirais jamais rien d'autre que Prophétie Nordique. Concentrée sur mon projet, mon imagination n'avait pas de place pour d'autres univers, d'autres personnages, d'autres histoires... Depuis, j'ai réalisé que ce n'était pas le cas et que d'autres projets pouvaient pointer le bout de leur nez : romans ou nouvelles, je n'ai désormais que l'embarras du choix. Pour autant, mon mode de vie n'est pas adapté pour mener tous ces projets de front. Il m'a donc fallu faire un choix parmi mes différents projets. 

Prophétie Nordique, ma priorité depuis 2008


Jusqu'ici, Prophétie Nordique a toujours été ma grande priorité : d'abord sous forme de jeu de rôle textuel pendant cinq ans ; puis sous forme de roman par la suite. Cela fait neuf ans que je travaille sur l'univers et les personnages, par le biais de ces deux supports. Si j'ai toujours donné la priorité à Prophétie Nordique, c'est parce que c'est LE projet. Celui qui me tient le plus à cœur, celui dans lequel je me suis le plus investie, celui que je veux porter le plus loin. C'est donc naturellement, et sans doute inconsciemment, que j'ai fait l'impasse sur d'autres projets. Puisque j'avais déjà tant à faire sur Prophétie Nordique (et de moins en moins de temps à consacrer à l'écriture) je ne voyais pas l'intérêt de réfléchir à d'autres projets. Sauf que...

Prophétie Nordique, entre doutes et incertitudes


À plusieurs reprises, j'ai dû faire face à des périodes de doutes, d'incertitudes et de remise en cause. Face à l'ampleur du projet, face à la hauteur de mes exigences pour un projet que je désirais (trop) parfait, je me suis plusieurs fois sentie dépassée. Mon côté perfectionniste, mais également l'attachement que je porte à ce projet, ont plus d'une fois entaché ma capacité à avancer. Mon inexpérience dans la façon de rédiger et terminer un roman ont également joué sur l'avancement du projet.       

Pourquoi j'ai décidé de mettre Prophétie Nordique en pause


Pour toutes ces raisons, j'ai décidé de mettre Prophétie Nordique de côté, cette année. Pour commencer, j'avais envie de donner une chance à un autre projet, Sous les écailles du dragon, un projet de fantasy romantique, très librement inspiré d'une légende chinoise. Ensuite, j'avais besoin de prendre du recul par rapport à Prophétie Nordique ; de laisser les choses se poser, décanter et mûrir. Pouvoir revenir avec un regard neuf quand je m'y replongerai. Enfin, je souhaitais me faire la main avec Sous les écailles du dragon, expérimenter de nouvelles techniques d'écriture, apprendre à mieux me connaître en tant qu'auteure. Pour pouvoir ensuite appliquer à Prophétie Nordique tout ce que j'aurais appris.           
      

mercredi 17 août 2016

Doit-on critiquer un livre qu'on n'a pas aimé ?



Doit-on critiquer un livre qu'on n'a pas aimé ?

Cette question, je l'entends régulièrement dans les espaces communautaires que je fréquente – blogs & forums. Elle revient comme une rengaine. Que je l'entende et que je me la pose de temps à autre, cela n'a rien d'étonnant : lorsqu'on écrit soi-même ;  lorsqu'on côtoie des lecteurs, des auteurs ou des acteurs de l'édition ; lorsqu'on rencontre personnellement des auteurs et lorsqu'on tisse des liens affectifs avec certains écrivains ; lorsqu'on est au fait du travail abattu pour terminer un livre ; lorsqu'on a conscience du poids des critiques et du mal qu'elles peuvent faire – pour parfois l'avoir vécu soi-même ; la question se pose avec d'autant plus d'acuité. Dans un tel contexte, il me semble normal et compréhensible que certains lecteurs décident d'arrêter de chroniquer les livres qu'ils n'ont pas aimés. 

Depuis le début du mois d'août, la blogosphère littéraire s'agite à nouveau face à cette question. Le débat a été relancé par un article publié par une auteure, Roznarho : « Pourquoi : il ne faut pas chroniquer un livre qu’on n’a pas aimé ou pas compris » – un titre provocateur, pour un article pas moins frondeur. Je vous laisse en juger si la lecture vous en dit. Pour ma part, je comprends les réserves de ceux qui ne veulent pas ou plus chroniquer des livres qu'ils n'ont pas aimés. Ou le choix de parler uniquement des livres qui ont plu. En revanche, les arguments tels que le « chantage affectif » ou « l'illégitimité des lecteurs à donner un avis » passent mal chez moi. 

Je considère que tout le monde a le droit de donner son avis ; et ce n'est pas parce que certains font le choix de ne pas chroniquer négativement que nous sommes tous obligés d'en faire de même. Le faux-argument de la légitimité à parler de son expérience de lecture (reposant souvent sur les postulats que le lecteur n'a pas compris ce qu'il lisait ou que le lecteur ne sait pas ce qu'écrire un livre signifie) est, pour moi, d'une pauvreté argumentative absolue, quand on essaye de convaincre un auditoire qu'il ne faut pas donner son avis. Il est d'ailleurs consternant de voir que la légitimité du lecteur est remise en cause dans le cas des critiques négatives, mais relativement peu quand il s'agit de critiques positives. Si les avis sont sans consistance, sans arguments, mais qu'ils glorifient l'auteur et son œuvre sans étayer leurs propos, étonnamment, on trouve rarement à y redire.

En tant que lectrice, rien ne m'agace tant que la pléthore d'avis positifs sur un livre qui souffre pourtant bel et bien de défauts. On peut adorer un livre qui a des faiblesses, et avoir l'honnêteté de reconnaître qu'il n'est pas parfait (ce n'est d'ailleurs pas ce qu'on lui demande, mais c'est un autre débat) Et alors, quand de surcroît, les seuls avis négatifs se font systématiquement lynchés par la vindicte publique... Si vous ne voyez pas de quoi je parle, prenez des sites comme Amazon (ou Babelio) : vous y croiserez des cas de lynchage de critiques négatives, notamment sur des livres auto-édités ayant un relatif succès. On y accuse le lecteur de ne pas avoir lu (ou acheté) le livre ; de ne pas avoir compris le livre ; d'être un auteur raté, jaloux et aigri ; ou d'être un écrivain auto-édité concurrent ; voire même d'avoir une dent contre l'auteur du livre. 
       



Alors, quel est mon avis sur la question ? 

Si vous lisez mes chroniques de lecture, vous connaissez déjà la réponse. Pour moi, on peut dire, sans problème, qu'on a passé un mauvais moment en compagnie d'un livre. Est-ce utile de le faire ? Tout dépend de votre mode de fonctionnement. Si vous chroniquez toutes vos lectures, ne pas chroniquer un livre qui a déplu peut être perçu comme un manque de franchise (même s'il peut y avoir un tas de raisons derrière ce choixmanque de temps, pas grand-chose à dire, livre déjà chroniqué des dizaines de fois, etc.). Chroniquer un livre qui a déplu, mais dire que vous avez adoré, c'est malhonnête. En revanche, si vous ne présentez que vos coups de cœur littéraires, il me semble inutile, voire mesquin, de, tout à coup, présenter une œuvre pour la descendre ! Pour moi, il faut être cohérent avec soi-même. Dans mon cas, je chronique toutes mes lectures terminées. Je lis assez peu, j'ai donc le temps de faire une fiche pour chaque roman.

Il faut également s'interroger sur les raisons qui nous poussent à écrire des chroniques de lecture : pourquoi et pour qui ? Cela peut être pour faire découvrir des œuvres spécifiques ; pour répondre à un service de presse (recevoir un livre en échange d'une chronique) ; pour partager son sentiment concernant une lecture ; pour se rappeler de ce qu'on a aimé ou moins aimé dans un livre ; etc. Est-ce que vous écrivez pour vous, pour les écrivains et/ou maisons d’édition, pour les lecteurs ? Pour tout le monde ? Dans mon cas, j'écris avant tout pour partager mon expérience avec d'autres lecteurs. Quand je termine un livre, j'aime pouvoir discuter de ce qui m'a plu ou déplu (et c'est pareil pour un film, une série, un jeu vidéo, etc.) J'aime m'extasier devant les éléments qui m'ont conquise ; à l'inverse, j'aime pouvoir évacuer la frustration que j'ai pu ressentir sur certains points. Je le fais donc pour moi, mais aussi pour les autres lecteurs qui seraient éventuellement intéressés. 

Quelle utilisation des commentaires, par ailleurs ? 

Personnellement, je ne m'arrête pas à une chronique négative pour mes choix de lecture. En général, je lis assez peu les critiques avant de me lancer. Je m'y intéresse davantage post-lecture ; pour voir ce que les autres en ont pensé, pour comparer nos expériences de lecture, pour voir si j'ai aimé les mêmes choses que les autres, etc. Si je m'intéresse aux critiques avant de me lancer dans une lecture, c'est parce que j'hésite – c'est-à-dire que le résumé et la couverture n'ont pas suffi à me convaincre. Dans ces cas-là, je recoupe les avis positifs et négatifs, pour voir ce qui ressort le plus souvent. Enfin, il m'est peut-être déjà arrivé de vouloir lire un livre parce que quelqu'un en a fait les louanges ; mais, à l'inverse, je ne crois pas m'être déjà détournée d'un livre que je voulais lire parce que quelqu'un disait ne pas l'avoir apprécié. Parfois, il m'arrive même d'être encore plus intriguée par un livre qui aurait reçu des avis négatifs ou mitigés. Ce n'est pas fréquent, mais ça arrive parfois.  


Critiquer un livre qu'on n'a pas aimé, oui, mais pas n'importe comment. 

Si je considère que critiquer négativement ne pose pas de problème, en revanche, je n'aime pas critiquer négativement sans argumenter, sans nuancer. Déjà, parce que dire qu'un livre, c'est de la merde ; ce n'est pas respectueux de toutes les personnes qui ont cru et investi dans ce projet, à commencer par l'auteur qui y a consacré son temps, son énergie, sa passion. C'est complètement stérile. Ensuite, ce n'est pas parce que je n'ai pas apprécié la lecture que ce sera le cas pour tout le monde. Enfin, à moins de tomber sur un livre vraiment catastrophique et qui ne réponde pas du tout à mes goûts et attentes, je considère qu'il y aura toujours des points positifs à soulever. Cela ne veut pas dire que ça rattrapera les points négatifs ; mais je suis convaincue que tout irait mieux si les gens n'oubliaient pas de nuancer leurs propos, de temps à autre (et c'est valable pour tous les domaines, pas uniquement les chroniques littéraires). 

Et pour les auteurs débutants ou peu connus ? 

Je crois qu'il faut également faire preuve d'indulgence dans certains cas – les jeunes auteurs ; les auteurs débutants ; les auteurs auto-édités ; les fanzines ; etc. C'est un point de vue très personnel, qui ne sera peut-être pas partagé, mais je ne crois pas qu'on puisse lire de la même façon le livre d'un auteur plusieurs fois publié, dans de grosses maisons d'édition, et le premier livre d'un auteur publié dans une petite maison d'édition, ou le premier livre d'un auteur auto-publié. Je serai intransigeante dans le premier cas sur certains points (coquilles traînant dans le texte, par exemple) ; moins dans le second. Cela ne veut pas dire que je vais ériger en Coup de cœur une lecture agréable et divertissante uniquement parce qu'elle a été écrite par un auto-publié ou un auteur débutant ; mais je serai moins sévère sur les petites faiblesses du roman (ce qui, à nouveau, ne signifie pas que je ne vais pas les souligner dans ma chronique – mais leur impact sur mon ressenti global sera atténué) 

En revanche, si ce sont des défauts qui gâchent complètement mon expérience de lecture, je ne serai pas plus indulgente que pour un livre publié par une grande maison d'édition. Le fait d'être auto-édité ou édité dans une petite maison d'édition ne devrait pas, pour moi, obliger les lecteurs à museler leur ressenti, sous prétexte que cela peut faire du tort à l'auteur (et aux personnes qui gravitent autour). Proposer un livre au public, c'est prendre le risque qu'il ne plaise pas. Aux lecteurs la liberté de dire ou taire pourquoi l'ouvrage a déplu. 

Pour conclure, j'ajouterais que je n'ai jamais dû chroniquer négativement un livre d'un(e) auteur(e) que je côtoie ; mon avis est donc peut-être biaisé. En revanche, j'ai déjà chroniqué des romans d'auteurs qui pouvaient potentiellement passer sur mon blog ; et il est vrai que dans ces cas-là, je redoublais de prudence dans le choix de mes mots. J'ai essayé de rester fidèle à mon ressenti, tout en expliquant honnêtement ce que j'avais aimé et ce que je n'avais pas aimé. C'est un exercice délicat, humainement parlant, car le glissement entre le livre et l'auteur peut s'opérer très vite. Ce n'est pas parce qu'on critique un roman qu'on critique la personne ; et je pense qu'il faut toujours rester vigilant à ce propos. Je conçois donc complètement qu'on puisse décider du jour au lendemain d'arrêter les chroniques quand on est soi-même écrivain et que les livres lus sont ceux d'amis. 



enfant lecture

vendredi 10 juin 2016

La place de la femme dans mes récits


Les femmes en SFF


Chaque mois, les modérateurs des challenges sur CoCyclics nous préparent un thème de discussion et ce mois-ci est consacré aux personnages féminins dans nos récits. L'envie de vous parler de la place des femmes dans mes projets de fiction, et plus particulièrement dans Prophétie Nordique, m'est venue suite à la lecture de plusieurs conversations, débats ou témoignages sur le thème du sexe des personnages. Je profite donc de l'occasion pour faire d'une pierre deux coups.

Préambule - Les femmes : des héroïnes à la mode ?


Récemment, je me suis agacée d'un commentaire sur un roman de fantasy francophone mettant en scène une jeune femme. Le lecteur, ayant pourtant apprécié sa lecture et mis une bonne note au roman, s'interrogeait sur le lectorat visé par l'auteur. En effet, ce lecteur paraissait se demander s'il y avait une volonté d'attirer un lectorat spécifique en choisissant de raconter les aventures d'une héroïne... Le choix de centrer le roman sur une femme aurait-il été pris pour s'adapter et plaire à un lectorat particulier, que l'on sait (?) plus féminin pour les romans Young Adult ? D'après ce lecteur, les héroïnes, c'est à la mode en ce moment.

Cette remarque, anodine, portée au détour d'un commentaire plutôt élogieux sur le roman, et qui n'est peut-être qu'une simple maladresse de la part d'un lecteur qui a aimé suivre les aventures d'une héroïne, montre pourtant combien le sexisme ordinaire est encore bien ancré dans les mentalités. Les héroïnes, c'est pour plaire aux filles. Les héroïnes, c'est une mode, donc par définition, c'est passager. C'est pour surfer sur un courant qui marche bien, pour vendre, pour plaire à un lectorat ciblé.

Qu'en 2016, le sexe du personnage principal soit encore sujet à débat me navre au plus haut point (pensez seulement aux trolls qui ont décrié le personnage principal de Star Wars VII parce qu'elle est une fille ; avant même la sortie du film) Lorsque le sexe féminin d'un personnage n'a pas pour objet de traiter de thématiques féministes, certains ne peuvent s'empêcher de relever la féminité du protagoniste. Comme si, au fond, les personnages féminins ne pouvaient se soustraire au fait qu'elles se définissent avant tout par un vagin. Ou plutôt, qu'elles se définissent par l'absence de pénis : de mon point de vue, relever qu'un personnage principal est une femme, c'est avant tout relever que le personnage principal n'est pas un homme...

Les femmes au sein des civilisations de Prophétie Nordique 


Prophétie Nordique n'est pas ce que j’appellerais un projet engagé ou militant, qui questionnerait ouvertement le rôle et la place des femmes dans la société, le concept de féminité ou les conventions et normes qui gravitent autour des caractéristiques biologiques et psychologiques des femmes. En revanche, c'est un projet qui se fonde sur une multitude de sociétés - matriarcales, patriarcales, égalitaires, complémentaires, unisexuées - ce qui me permet de questionner la place des femmes au sein de ces différentes civilisations, mais également celle des hommes. À travers les sociétés qui composent l'ensemble du Gwendir, et à travers les protagonistes issues des différentes cultures, se pose la question des rapports de domination, mais aussi des valeurs propres à chaque peuple.


Les femmes en SFF
Crédit : Follow me...

Dans Prophétie Nordique, deux civilisations sont portées par les femmes
les Amazones et les Nymphes. 

Les premières sont à la tête d'une société matriarcale, où les hommes sont dévalorisés, considérés comme inférieurs et n'ont aucun pouvoir décisionnel politique, militaire, religieux ou familial. Leur domination est passée par leur assignation au rôle de mâles reproducteurs et par de nombreuses interdictions, comme le port d'armes ou la montée à cheval (deux caractéristiques fondatrices de la société amazone : les combats et l'équitation). Pour la majorité des femmes, les hommes sont jugés comme inférieurs dans les domaines qui régissent la société : ils ne sont pas jugés capables. Et ces croyances ne sont pas liées à une présupposée faiblesse physique des hommes (les hommes seraient trop fragiles, et donc il faudrait les protéger) mais plutôt à un jugement de valeur sur leurs capacités morales et intellectuelles.

Les deuxièmes sont à la tête d'une société unisexuée, composée uniquement de femmes, dont les membres naissent à partir des feuilles d'un arbre magique. Le peuple des Nymphes me permet de soulever différentes thématiques féministes, comme celle de la sexualité ou de la maternité - au sens de porter un enfant, puis au sens d'élever un enfant. Les hommes sont complètement étrangers aux Nymphes, notamment pour celles qui ne voyagent, ni ne côtoient de voyageurs. Contrairement à la société amazone - belliqueuse, violente et portée sur les combats et la guerre ; la société nymphe est une société harmonieuse et paisible, qui répugne à toute forme de violence, morale ou physique. Le royaume est protégé par une puissante élite de magiciennes, les Gardiennes. Ces femmes, élues par la déesse et l'arbre magique, doivent renoncer à mener une vie ordinaire. Accepter de combattre signifie renoncer aux idéaux et convictions de la société nymphe, et cette renonciation est perçue comme un grand sacrifice. 

Ces deux sociétés me permettent de soulever de nombreuses thématiques, même si je ne les aborde pas toujours frontalement, et me permettent de montrer les femmes dans des schémas de pensée et d'action très différents les uns des autres. Les femmes, comme les hommes, sont des individus pluriels, dont les valeurs, les capacités et comportements varient énormément.


• Les personnages féminins de Prophétie Nordique


Comme j'avais déjà eu l'occasion de l'expliquer au cours d'un débat sur le genre des personnages :
Je prends autant de plaisir à inventer des personnages féminins que masculins (et aussi bien des personnages féminins dans des sociétés matriarcales/patriarcales/égalitaires que des personnages masculins dans des sociétés matriarcales/patriarcales/égalitaires). Ces différents personnages se caractérisent par leur place dans leur société ; mais aussi par leurs caractères respectifs, forgés par leurs propres expériences et par leur environnement.  

J'aime questionner la place des individus dans la société, qu'ils soient hommes ou femmes. Hormis pour les différences biologiques, j'aime montrer que les femmes peuvent faire exactement la même chose que les hommes, et que ce sont les différences de culture et d'expériences qui façonnent leurs personnalités et leurs capacités. Mais ce ne sont pas pour autant les thèmes principaux de mon histoire ; ils viennent simplement construire l'arrière-plan de mon intrigue, l'univers dans lequel évoluent mes personnages. Ce sont des thèmes transversaux ; que je n'aborde pas frontalement, mais qui sont intrinsèques à l'histoire de mes peuples.


Les femmes en SFF
Crédit : Mystery Girl
 

Les personnages féminins présents dans Prophétie Nordique sont nombreux. J'aimerais qu'ils soient les plus variés possibles, mais je me heurte à mes propres défauts. J'aime les femmes fortes, physiquement et/ou mentalement, c'est mon péché mignon. J'en ai donc beaucoup, même si j'essaye de varier leurs forces. Elles ne sont pas toutes fortes de la même façon.

D'ailleurs, je pense que j'ai tendance à faire ressortir les forces de mes personnages, même les plus faibles. J'aime montrer que les femmes considérées comme faibles ne le sont pas forcément. J'ai moins de scrupules à montrer des hommes faibles - la notion de faiblesse ici est très vaste, je ne parle pas ici de faiblesse dans le sens physique du terme, mais plutôt dans le sens physique et moral. En écrivant cet article, je me rends d'ailleurs compte que je n'ai pas d'antagonistes féminins. Ou de personnages féminins méchants, vils, du côté obscur... Il faudra que j'approfondisse le sujet.

Évidemment, je ne peux pas vous parler de Prophétie Nordique sans évoquer l'héroïne du premier arc (ou premier binôme) : Idril Calafas, la Reine des Amazones. C'est un personnage fort physiquement, puisqu'elle a été éduquée pour être une guerrière et une cavalière, deux domaines dans lesquels elle excelle. C'est également un personnage fort moralement, avec un caractère bien trempé - ce qui va lui jouer des tours. Depuis le décès de sa mère, elle est néanmoins en proie au doute concernant sa position de reine - peur de ne pas être à la hauteur de son modèle, peur de ne pas être à la hauteur des espérances de son peuple, peur de ne pas être à la hauteur de ses propres ambitions. Ce qu'elle ne laisse jamais entrevoir, car elle sait que son royaume a besoin d'un dirigeant aux épaules solides. Par contre, elle se laisse submerger par les émotions violentes, notamment par sa colère, qu'elle a beaucoup de mal à canaliser. Surtout lorsqu'il est question de l'assassin de sa mère...
  
De nombreux personnages féminins secondaires gravitent autour d'elle : sa garde du corps, son ancienne maîtresse d'armes, sa commandante des armées, les autres souveraines du Gwendir - Alphaïde, reine des Nymphes & Eluthiel, reine des Elfes. Durant son périple, elle se rapproche d'une jeune Gardienne, Liane, Fille de Selva. Liane est également un personnage fort. Comme toutes les Gardiennes, c'est une magicienne investie d'un pouvoir colossal (la magie des Gardiennes est la plus puissante du Gwendir) Mais c'est surtout par son caractère rebelle, aventureux et très curieux, que Liane se distingue des autres Nymphes. 

Plusieurs autres personnages féminins - sans lien a priori avec Idril - seront présents dans le roman, comme l'épouse du Seigneur Nordique et mère de Siran ; le bras-droit du Capitaine d'Adrian Duncan, la pétulante Namira. Ou encore, Nairu, la petite nymphe muette, protégée d'Adrian (des personnages qui parleront aux anciens rôlistes du forum) Des personnages qui vivent dans ma tête mais qui n'ont pas encore pu s'exprimer dans le roman !   

Les femmes en SFF
Crédit : No Fear

Les personnages féminins qui m'inspirent


Pour conclure ce (long) billet, voici une petite liste, en vrac, éclectique et non exhaustive, de personnages féminins de fiction - principalement SFFF - que j'adore et qui m'inspirent :

  • Eowyn, Le Seigneur des Anneaux, J.R.R Tolkien & Peter Jackson
  • Lagertha, Vikings, Michael Hirst
  • Brunehilde la Valkyrie, La malédiction de l'anneau, Edouard Brasey
  • Imperator Furiosa, Mad Max : Fury Road, George Miller  
  • Cersei Lannister, Asha Greyjoy, Olenna Tyrell, Brienne of Tarth, Game of Thrones 
  • Saber, Fate/stay Night, Type-Moon
  • Lliane, La trilogie des Elfes, Jean-Louis Fetjaine
  • Hana (la maman), Les Enfants loups, Ame et Yuki, Mamoru Hosoda
  • Olivia Dunham, Fringe, J.J. Abrams  
  • Cassandra Pentaghast, Dragon Age Inquisition  
  • Siobhan Sadler, Orphan Black

Et vous, quels sont vos principaux personnages féminins préférés ?


samedi 19 mars 2016

Quand une pause s'impose...



J'entends souvent dire que l'écriture est un travail de longue haleine, exigeant de l'endurance et de la rigueur. S'astreindre à écriture régulièrement, tous les jours ou presque, serait la clé du succès pour parvenir à poser un point final à ses projets. Pour ceux qui exercent une activité professionnelle, concilier l'écriture avec le travail, la famille, les amis, les autres loisirs... peut s'avérer compliqué. Et lorsque s'ajoutent des problèmes de santé, d'emploi du temps, de fatigue, de stress, d'inspiration, de motivation, quelle place reste-t-il pour l'écriture ? Parfois, aucune. Viennent alors la culpabilité de ne pas avoir écrit une ligne depuis des jours ; le sentiment d'être dépassé par les évènements ; la perte de confiance en sa plume, en ses personnages, en sa capacité à raconter une histoire ; et finalement, la plus dramatique des conséquences de ce cercle vicieux : ne plus prendre plaisir à écrire.

Perdre complètement l'envie de s'y remettre. 

Ce n'est pas une fatalité. Certaines périodes sont propices à l'écriture ; d'autres non. C'est difficile à accepter, mais on ne peut pas toujours être au top de sa forme - certains y arrivent sûrement, mais il faut apprendre à connaître et accepter ses propres limites. Son propre rythme. J'entends souvent dire qu'il faut se forcer à écrire, même une ligne par jour, pour ne jamais perdre la main. Pour moi, ce n'est pas envisageable. Depuis le début de l'année, j'ai perdu l'inspiration, la motivation, le courage et l'envie de plancher sur mes textes. Je suis dans une période compliquée de ma vie ; et l'écriture ne trouve plus sa place à cause de mon état d'esprit (humeur, fatigue, disponibilité). J'ai presque envie de comparer l'évolution de mon ressenti aux cinq phases du deuil :

     Première phase - Le déni : On commence par minimiser le manque d'inspiration, de temps ou de motivation. On se dit que c'est passager, que ce n'est pas bien méchant si on n'a rien écrit depuis plusieurs jours, voire depuis plusieurs semaines. Dès qu'on a un moment de libre, on réussira à s'y remettre.

     Deuxième phase - La colère : On a réalisé que ce n'était peut-être pas qu'une simple passade comme on l'avait d'abord pensé. On est en colère contre soi-même parce que les mots ne viennent plus - ou plus comme on voudrait qu'ils viennent. On est en colère parce qu'on s'est laissé déborder ; on culpabilise de ne plus réussir à écrire. Ou de simplement ne plus en avoir envie. 

     Troisième phase - Les négociations : Le marchandage, ça ne prend pas avec notre Muse. On voudrait qu'elle soit sympa pour une fois et qu'elle nous laisse écrire au moins un paragraphe, une ligne même... mais elle refuse obstinément de s'abaisser à être sollicitée tous les 36 du mois, quand on a un quart d'heure à lui consacrer entre les courses du vendredi soir et le repas de famille dominical.      

     Quatrième phase - La dépression : On a enfin ouvert les yeux. On a compris que cette période de notre vie n'était pas conciliable avec l'écriture, qui a besoin de régularité, d'un bon état d'esprit, mais aussi de temps et d'investissement. Toutes ces choses, on n'est pas en mesure de les fournir pour l'instant. On se sent triste et coupable de ne pas réussir à écrire un pathétique petit paragraphe. On se trouve mauvais, nul, inutile. On commence à remettre en cause sa capacité à écrire un roman, à raconter une histoire ; on perd confiance en sa plume, en ses personnages, en son monde... On se dit que, de toute façon, on n'intéressera jamais personne. Alors, qui ça peut bien affecter qu'on arrête d'écrire ?
   
     Cinquième phase - L'acceptation : On a pris suffisamment de recul pour se dire que « non, je n'ai plus envie d'écrire pour l'instant, mais ce n'est pas une fatalité. Mon esprit n'est pas disponible pour le moment, trop occupé qu'il est par mes problèmes quotidiens, mais les choses s'arrangeront. Et lorsqu'elles se seront arrangées, mon envie d'écrire reviendra. Comme elle l'a toujours fait jusqu'à aujourd'hui. » En attendant, le meilleur qu'on puisse faire, c'est de s'aérer l'esprit, se changer les idées et alimenter son imagination en se promenant, en lisant, en regardant des films ou des séries, en écoutant de la musique, en jouant à des jeux vidéos... L'inspiration peut-être n'importe où. Et l'envie d'écrire ne reviendra pas en ressassant la même rengaine : pourquoi je n'arrive plus à écrire ? 


Certes, c'est triste d'avoir perdu le goût de l'écriture... mais écrire ne devrait jamais devenir une corvée. C'est avant tout une passion. Si le cœur et l'esprit ne sont pas à l'ouvrage, il ne peut rien résulter de bon.


Pour aller plus loin :
Dédramatiser l'écriture par Mécanismes d'Histoire

      jeudi 11 février 2016

      Rituels d'écriture

      Carnet stylo nature

      Si vous écrivez, vous avez sûrement déjà entendu - au moins une fois - le conseil de Stephen King : pour être un bon écrivain, il faut écrire beaucoup et lire beaucoup. Tous les jours, en fait. Déprimant de se dire qu'on ne sera jamais un (bon) écrivain si on écrit pas tous les jours, non ? Beaucoup d'auteurs connus - et moins connus - ont des routines d'écriture, des moments privilégiés pour se plonger dans leurs histoires, des plages horaires consacrées à l'exercice. Oui, l'écriture est un exercice, mais ce n'est pas parce qu'on ne peut pas écrire tous les jours qu'on doit baisser les bras pour autant. Dans cet article, je préfère parler de « rituels d'écriture » plutôt que de routine d'écriture.

      Pour le moment, je n'ai aucune routine d'écriture, mais j'ai quelques rituels... Musique, relaxation, environnement de travail, boisson chaude ou gourmandises... quelles sont mes habitudes et petites manies quand il s'agit d'écrire ?


          1. Où et quand ? L'importance de l'environnement de travail 


      Je n'ai pas vraiment de moments dédiés à l'écriture. J'écris quand j'en ai la possibilité ou quand l'inspiration est beaucoup trop forte pour être contenue. Souvent, c'est le samedi ou dimanche matin. Parfois, c'est une petite heure le soir. En ce qui concerne l'endroit, c'est uniquement dans mon bureau, sur mon ordinateur et seule dans la pièce. Impossible d'écrire autrement. Portable coupé et pas de musique : un rien me déconcentre. Sur l'ordinateur, j'écris avec Wordpad (ou Word, ça dépend des périodes) ; Antidote est toujours à portée de souris et Mozilla, quant à lui, il reste ouvert sur le dictionnaire des synonymes.  

      Mais il n'y a pas que l'ordinateur dans ma vie d'écrivain : j'ai déjà confessé ma passion pour la jolie papeterie et les carnets ; et c'est en général très pratique pour noter ses idées. Cela étant, c'est mon vieux bloc d'esquisse tout moche - type Zap book - qui me suit partout. J'y inscris tout ce qui me passe par la tête ; et je l'utilise parfois pour écrire directement le déroulement d'une scène ou d'un dialogue. Cela m'aide à aller à l'essentiel (surtout la nuit, dans mon lit, quand l'inspiration m'empêche de dormir tant que je n'ai pas noté ce qui me trotte dans la tête...)   


          2. La musique, entre inspiration et éparpillement


      Pour beaucoup d'auteurs, la musique est un outil indispensable au processus de création. C'est également le cas pour moi, mais uniquement en amont. La musique m'inspire énormément et certaines scènes ont été inventées à partir de mélodies qui ont éveillé quelque chose au fond de moi. Par exemple, les compositions de Trevor Morris pour la série les Tudors m'ont particulièrement marquée, et certaines de ces musiques m'ont inspirée plusieurs scènes de Prophétie Nordique. Behold the great King of England m'a ainsi permis de visualiser très concrètement une scène chargée d'émotions, où l'héroïne, par l'intermédiaire de son meilleur ami, apprend la mort de sa mère. À l'époque, je me repassais en boucle cette musique et les images de la scène défilaient dans mon esprit comme si je regardais un film. Par contre, je ne l'ai pas écoutée au moment de coucher les mots sur le papier... La musique me dissipe, me déconcentre ; je n'en écoute donc pas au moment d'écrire.

      Jusqu'à récemment, je pensais que seules les musiques instrumentales pouvaient m'inspirer, mais je me suis aperçu que certaines chansons à paroles (françaises de surcroît) pouvaient elles-aussi me glisser des idées à l'oreille...  


          3. La boisson chaude, une alliée précieuse


      L'écriture, comme la lecture, c'est un moment de plaisir ! Et quoi de mieux qu'une boisson chaude pour agrémenter ce moment ? Si je me laisse parfois tenter par un café au lait, c'est en général un thé ou une infusion qui s'invite à ma séance d'écriture. Parfois même, c'est uniquement pour l'odeur qui s'en dégage ; je bois à peine une gorgée ou deux. Trop concentrée dans ce que je veux écrire, j'oublie ma boisson... qui n'est alors plus chaude du tout quand je m'en rends compte.

      J'ai récemment découvert la Thé Box ; un colis surprise reçu chaque mois, contenant une sélection de thés et d'infusions, avec en bonus des accessoires et des gourmandises. Et j'en suis complètement folle ! C'est un régal pour les sens : l'odeur qui s'en dégage quand on déballe le colis ; le visuel soigné de chaque édition ; le goût des thés sélectionnés selon un thème précis, mais aussi des gourmandises - gâteau, friandises, confitures, etc. ; le toucher à la découverte des surprises ; l'ouïe quand frémit l'eau de la première infusion... Pour les amateurs de thé et de colis surprise, je ne peux que la conseiller ! 

       
      Thé Box DécembreThé Box infusion
      À gauche, la Thé Box de Noël - aux saveurs d'épices, d'agrumes et de caramel.
      À droite, la Thé Box de la Saint Valentin - aux saveurs de fleurs, de rose, de fruits rouges et de pomme.


          4. Les huiles essentielles, détente et concentration


      Depuis quelques années, j'essaye de réduire mon stress et mon anxiété grâce à la relaxation - sophrologie, musique apaisante, coloriage anti-stress - et depuis le début de l'année, j'expérimente l'aromathérapie. Selon le site passeportsante.net, l'aromathérapie se définit comme « l’utilisation des huiles essentielles dans un but préventif, curatif ou de mieux-être. Elle a une visée thérapeutique lorsqu’elle a pour objectif de traiter un symptôme précis, qu’il soit d’ordre physique ou psycho-émotionnel, mais elle peut également permettre d’accéder à la sérénité et à la détente. »  Quel rapport avec l'écriture, vous demandez-vous ? Certaines huiles essentielles aident à la concentration, stimulent la créativité, chassent les idées sombres ou permettent de lutter contre la fatigue passagère. Il m'arrive de plus en plus souvent de diffuser des huiles essentielles dans mon bureau avant de me mettre à l'écriture (quelques minutes seulement, et à petite dose !) J'utilise la bergamote pour la détente, parfois associée à l'orange douce et à la cannelle ; et la lavande et la menthe poivrée pour lutter contre les coups de pompe. 


          5. Avant l'écriture, la relecture !


      Avant de me lancer dans l'écriture, j'ai besoin de relire ce que j'ai écrit la dernière fois. En général, je relis mes précédente scènes la veille au soir, juste avant de me coucher, sur ma liseuse. Je note quelques idées pour la suite, réfléchis aux corrections que je peux apporter aux passages déjà rédigés, etc. Relire me permet de bien me remettre dans l'histoire (comme je ne peux pas écrire régulièrement, c'est indispensable) Le faire avant de me coucher stimule mon imagination - d'où la présence constante de mon vieux carnet sur ma table de chevet. On est jamais à l'abri d'une idée qui germe...


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      Voici mes principaux rituels d'écriture. Quels sont les vôtres ? :)