Un livre qu'on quitte sans en avoir extrait quelque chose est un livre qu'on n'a pas lu. - Antoine Albalat

mercredi 8 novembre 2017

Écrire, pourquoi ?




Vous l'aurez certainement remarqué, hormis quelques chroniques de lecture, je n'ai pas beaucoup alimenté mon blog cette année. Les billets d'humeur à propos de l'écriture se sont raréfiés – et pour cause, l'écriture s'est révélée compliquée depuis le mois d'avril (ennuis personnels et importants soucis de santé, qui ont fait déserter la motivation et l'inspiration). Et lorsque j'ai enfin retrouvé l'envie d'écrire, l'inspiration et le plaisir ont continué de bouder dans leur coin, rendant le processus de retour à l'écriture très complexe à gérer. Et très aléatoire. Car malgré l'envie d'écrire quelque chose, je n'y parvenais tout simplement pas (ou alors, quand j'y parvenais, je n'y prenais aucun plaisir).

Pour dépasser mes problèmes, j'ai pris le temps de m'interroger plus longuement sur ce qui me motivait à écrire à la base. Et sur les raisons qui m'empêchaient de revenir à ces bases. Je vous propose dans cet article de revenir sur ces interrogations et sur les techniques qui m'ont aidée à dépasser mes blocages.   

     Pourquoi je n'écris pas ?


J'ai parfois l'impression de passer plus de temps à réfléchir aux raisons pour lesquelles je n'écris plus qu'à écrire les histoires qui me tiennent à cœur. Vous souvenez peut-être de mon article sur le syndrome de l'écrivain qui n'écrit pas ; ou de celui consacré aux doutes de l'écrivain ; qui abordaient déjà ces questions ? Si la question revient si souvent, c'est parce que le fait de ne pas écrire est un moment douloureux. Les émotions négatives prennent alors le dessus : déprime, culpabilité, perte de confiance, démotivation... Et c'est un cercle vicieux qui peut s'installer durablement ! Dans mon cas, j'ai réussi à écrire une nouvelle de plus de 50.000 signes cet été (alors que mon projet de roman restait au point mort depuis avril). Pourtant, je n'en ai tiré que peu de plaisir et que peu de satisfaction, ce qui a rallongé ma période de morosité.

Sur son blog « Mécanismes d'histoires », consacré aux techniques d'écriture, Marièke identifie 5 manques qui nous empêchent d'écrire : le manque de temps, le manque d'envie, le manque d'inspiration, le manque de confiance et le manque de motivation. Je trouve la lecture de ses articles intéressante, et je vous la conseille si vous ne réussissez pas à écrire. Marièke donne quelques astuces et conseils pour combler ces différents manques.

Clairement, je me situais au croisement entre le manque d'inspiration et le manque d'envie, avec toujours ce manque de confiance en toile de fond qui ne faisait qu'alimenter les deux premiers manques.

     Pourquoi j'écris ?


J'avais envie sans avoir vraiment envie. Ou plutôt, j'avais envie d'avoir envie. Parce qu'au fond, quand je regarde quelques années en arrière, n'était-ce pas totalement l'éclate quand j'écrivais ? Je me sentais pousser des ailes à l'époque, quand mes personnages prenaient le contrôle et que je vivais de purs moments d'inspiration. Une espèce d'état de transe, où tout autour de moi devenait secondaire. Où chaque petit détail de ma vie quotidienne me rappelait à mon histoire et mes personnages.

Relativisons. Comme le souligne Elizabeth Gilbert, dans son ouvrage « Comme par magie: Vivre sa créativité sans la craindre » le quotidien d'un écrivain n'est pas fait que de moments de transe créative. Ce n'est pas anormal de s'asseoir devant son ordinateur ou son carnet sans inspiration. Il faut parfois provoquer l'inspiration, ne pas simplement attendre qu'elle nous tombe dessus comme une grâce divine.

En tout cas, ce que je retiens de ce regard en arrière, c'est que j'aime écrire pour ces moments de communion avec mes personnages. Ces moments où ils viennent chanter à mon oreille, avec leurs voix de sirènes enchanteresses... J'écris pour faire vivre des émotions à mes personnages, pour qu'ils s'épanouissent sous ma plume. J'écris pour m'évader, pour échapper au quotidien, mais aussi pour partager mon monde imaginaire avec d'autres personnes. Avoir le sentiment de partager la connaissance d'un monde secret, qui n'appartient qu'à nous. J'écris parce que cela a quelque chose de gratifiant, aussi. Et vous, pourquoi écrivez-vous ?

J'ai de bonnes raisons d'écrire. Alors pourquoi ai-je tant de mal à écrire mon roman ? Les larmes de Caledë est-elle l'histoire qu'il me faut en ce moment ? Je continue l'introspection plus profondément, et cherche en moi les raisons qui m'avaient donné envie d'écrire ce roman. Je visualise quelques scènes. Je réfléchis aux grandes thématiques de l'histoire. Je renoue avec mon héroïne, si forte et si fragile à la fois. Elle qui se trouve ballotée par son destin... Non, vraiment, j'ai envie d'écrire cette histoire ! Je l'avais juste oublié.


     Retrouver l'inspiration


J'avais retrouvé l'envie d'écrire cette histoire, mais l'inspiration n'était toujours pas au rendez-vous. Je décidai alors de ne plus être passive, de ne plus attendre la grâce divine. J'élaborai un plan d'attaque pour renouer en profondeur avec mon histoire : apprendre à utiliser le logiciel Scrivener et organiser mon projet avec ; utiliser la méthode du sablier ; chercher des illustrations, musiques, etc. pour agrémenter mon projet ; reprendre mon synopsis avec la méthode des flocons en vue d'aboutir à un synopsis plus détaillé, organisé en chapitres ; faire des topos sur l'univers ; lire des articles/livres/blog de conseils aux auteurs ; etc. Tout était bon à prendre à ce moment-là.

Comme j'ai pu le lire sur le forum Cocyclics, l'inspiration - et par extension l'écriture - sont comme des muscles qu'il faut entraîner. On ne peut pas s'attendre à courir un marathon du jour au lendemain, il faut commencer par des échauffements et de petites distances, qui s'allongeront au fur et à mesure que nos muscles seront habitués à l'effort. Si on continue dans la métaphore sportive, on peut aussi comparer l'écriture au vélo : les premières poussées sur les pédales sont difficiles, mais lorsque la bicyclette est lancée, pédaler devient plus facile. C'est d'ailleurs pour cette raison que de nombreux auteurs, comme Lionel Davoust, conseillent de se plonger tous les jours dans son projet (une différence notable avec écrire tous les jours !)

Ainsi, une idée en entraîne une autre, qui en entraîne à son tour deux autres, etc. Dans mon cas, c'est la découverte de la méthode des flocons qui m'a permis de me remettre en selle. Le principe est de partir de quelque chose de très vague (le résumé du roman en une phrase) pour aboutir à quelque chose de très détaillé (un plan détaillé de chaque scène du roman) en neuf étapes. Pendant 2 à 3 semaines, je me suis forcée à travailler chaque jour (ou presque) sur les différentes étapes de cette méthode. J'ai ainsi renoué avec l'histoire que je voulais écrire, tout en approfondissant de nombreux points (personnages, intrigues, etc.) L'inspiration est ainsi revenue frapper à ma porte. 


     Affronter la peur d'écrire


L'envie et l'inspiration étant revenues, je devais maintenant affronter la peur de ne pas réussir à écrire à nouveau. Quand vous restez plusieurs longues semaines, voire plusieurs mois, sans rien écrire, il me semble normal de ressentir une appréhension. Est-ce que je vais réussir à écrire ? Et si les mots ne viennent pas ? Et si ce que j'écris est nul ? Après quelques temps, il ne faut pas s'étonner de se sentir rouillé ! Cela ne veut pas dire que vous écrirez moins bien qu'avant, mais cela peut vouloir dire que vous aurez plus de mal, que les mots sortiront moins spontanément... Il faut accepter cela, accepter d'être moins performant pendant quelques temps (mais ça va revenir ! rappelons-nous, c'est un muscle qu'il faut entraîner !) et accepter de s'astreindre à une certaine discipline pour retrouver son aisance. Il ne faut pas se décourager.  Le principal, c'est d'avancer petit à petit et de ne pas perdre le fil de son histoire, de ne pas perdre la voix de ses personnages.

Pour s'aider, on peut se lancer des défis (des petits défis ! si on vise trop gros, on va se remettre à déprimer et culpabiliser de ne pas les avoir atteints...) : par exemple, en ce moment, je me lance le défi d'écrire un minimum de mots par jour : 100 mots le premier jour, 150 mots le deuxième, 200 mots le troisième, etc. Quand j'aurais retrouvé mon aisance, je me fixerai un quota de mots à atteindre chaque jour (ce quota restera peut-être à 100 mots, à 200 mots ou à 500 mots ! je ne sais pas encore). Mais ce devra être un quota simple, facile à atteindre, qui ne me décourage pas même quand je ne suis pas motivée : car c'est le but ! Ce quota, c'est surtout un minimum à atteindre les jours où je ne suis pas en forme... ;-)

Une chose importante à ne pas oublier : personne n'écrira ce livre à votre place. Vous êtes le ou la seul•e en mesure de pouvoir le faire.


Au plaisir de vous lire,
Adèle Weiss - Des mots de tête
    

2 commentaires:

  1. C'est vraiment chouette de voir comment tu as réussis à vaincre l'appel des sirènes qui te poussaient à rester sous ta couette ! Bravo, c'est une grande victoire que de reprendre l'écriture et d'y retrouver à nouveau du plaisir !

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    1. C'est notamment grâce à ton soutien et tes encouragements ♥
      Le plaisir n'est pas présent à chaque session d'écriture, mais il revient tout doucement (et je recommence à m'endormir en pensant à mon histoire, c'est très bon signe !)

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